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Irlande 1916: retour sur le Festival du livre de Carhaix

Un petit retour sur le Festival du Livre en Bretagne à Carhaix consacré cette année à l’Irlande 1916 – 2016 avec deux videos de l’Agence Bretagne Presse:

Le discours introductif de Christian Troadecn, maire de Carhaix et conseiller départemental.

L’intervention de Geraldine Byrne Nason, ambassadeur d’Irlande:

Et le Bro Gozh clôturant l’inauguration:

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La plume du président irlandais est bretonne.

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Ouest-France, 29 octobre 2016

Par Maxime LAVENANT.

Originaire de Malansac (Morbihan), l’anthropologue Aziliz Gouez écrit depuis 2013 les discours du président irlandais. Elle préside ce week-end le Festival du livre en Bretagne.

Comment devient-on la plume de Michael Higgins, le président irlandais ?

De façon tout à fait fortuite. Je suis tombée sur une annonce. Ça m’a paru improbable d’y répondre parce que je ne suis pas irlandaise et que ce n’est pas mon métier. Ici, ce sont traditionnellement des diplomates qui occupent ce poste. Le président avait essayé plusieurs plumes, ça n’avait pas marché.

Vous êtes la première étrangère nommée Head of Speech Writing. C’était compliqué ?

Il y a eu des articles dans les journaux lorsque ma nomination a été annoncée mais ce n’était pas vraiment pas acerbe. Je n’ai jamais été confronté à de l’hostilité.

Un temps fort depuis que vous occupez ce poste ?

La visite d’État du président au Royaume-Uni en 2014. C’était monumental pour les Irlandais parce qu’il s’agissait d’une première depuis l’indépendance de l’Irlande. Tous les discours étaient par contre très encadrés par le gouvernement.

Présidente d’honneur de ce festival, ça représente quoi ?

Je suis contente, c’est une occasion de parler de ces liens entre la Bretagne et l’Irlande, voire d’en créer de nouveaux. Je suis aussi curieuse de voir comment la Bretagne perçoit les commémorations de Pâques 1916.

Vous voyez des similitudes entre littérature bretonne et irlandaise ?

Ce sont deux littératures des marges occidentales de l’Europe. On y retrouve les paysages et le climat de terres en conversation avec l’océan Atlantique. On peut aussi parler de certains motifs romantiques communs aux deux littératures.

Carhaix: le Bro Gozh pour l’Irlande.

Le Télégramme, 30 octobre 2016

La 25e édition du festival du livre en Bretagne, qui s’est ouverte hier avec plus de 300 auteurs au Glenmor met l’Irlande à l’honneur. Mais aussi les liens avec la Bretagne , symbolisés par Aziliz Gouez, plume bretonne du président irlandais et présidente d’honneur de l’événement.

Cela fait quelques années que l’on n’avait pas vu autant de monde à l’inauguration du festival du livre. L’effet 25 ans, comme aux Vieilles Charrues, sans doute, mais aussi, très certainement, l’effet Irlande. En choisissant de mettre le pays de Samuel Beckett en avant cette année, à l’occasion du centenaire du soulèvement de Pâques 1916, les organisateurs du festival ont visé juste. C’est une nouvelle occasion de mesurer le lien très fort qui unit l’Irlande et la Bretagne. Un lien symbolisé par les très nombreux comités de jumelage entre des villes bretonnes et irlandaises mais aussi, ce week-end, par la présidente d’honneur du festival : Aziliz Gouez, fille d’agriculteurs morbihannais devenue rédactrice en chef des discours du président irlandais .

L’ambassadrice d’Irlande reviendra… avec U2

Une présidente ravie d’être là. « C’est un plaisir et une occasion rare que d’assister à une manifestation qui fait se rencontrer, dialoguer et se rejoindre mes deux pays. Aujourd’hui, je me sens tout autant irlandaise que bretonne », a-t-elle expliqué lors de l’inauguration du festival. Les autres intervenants ont aussi souligné cet attachement commun : Christian Troadec, le maire de Carhaix, Léna Louarn, la vice-présidente du conseil régional, mais aussi Géraldine Byrne Nason, l’ambassadrice d’Irlande en France. Une ambassadrice qui ne manque pas d’humour. S’excusant de ne pas encore maîtriser le breton, elle a promis qu’elle y arriverait… à la fin du week-end ! Plus tard, elle a encore fait sourire tout le monde en évoquant le fait que Christian Troadec avait promis de l’inviter aux prochaines Vieilles Charrues. « J’ai bien compris que c’est seulement pour que je fasse venir U2 », a-t-elle glissé. « Pas de problème », a répondu le maire de Carhaix qui a déjà trouvé où loger la bande à Bono. « On a un lieu-dit qui s’appelle Le Bono. Ils seront hébergés là-bas ». La cérémonie officielle s’est terminée en chanson. La chorale brestoise Kan Awen a d’abord interprété l’hymne irlandais. Puis, elle a terminé par le Bro gozh ma zadoù, repris en choeur par le public.

Aziliz Gouez. « Le président irlandais a plusieurs facettes »

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Aziliz Gouez, photo Le Télégramme .

Le Télégramme, 29 octobre 2016

Propos recueillis par Dominique Morvan

Parcours impressionnant que celui d’Aziliz Gouez. À 37 ans, et après avoir été notamment assistante parlementaire de François Hollande, cette fille d’agriculteurs de Malansac (56), diplômée d’anthropologie politique, est la plume du président de la République d’Irlande. Présidente d’honneur du festival du livre de Carhaix (29) aujourd’hui et demain, elle se confie sur son rôle et sur la Bretagne.

Comment une Bretonne devient-elle rédactrice en chef des discours du président irlandais ?
Il y a quatre ans, je suis venue m’installer ici avec mon compagnon qui est irlandais. À l’époque, notre fille avait un an et je pensais prendre du temps pour m’en occuper. Mais, j’ai vu une petite annonce disant que le président cherchait une plume. C’était assez insolite. J’ai candidaté et, à ma grande surprise, j’ai été sélectionnée pour un premier tour d’entretien et d’essai. On avait une heure pour rédiger un discours. Puis, après plusieurs tours d’écriture et d’entretien, nous n’étions plus que douze, puis quatre et on m’a annoncé que j’étais retenue. Cela m’a sidérée parce que je connais des gens qui font ce métier en France, où le poste est plutôt réservé aux normaliens et aux énarques. En Irlande, ce sont traditionnellement des hauts fonctionnaires du ministère des Affaires étrangères. Mais le président a un profil particulier et cherchait quelqu’un de différent.

Concrètement, comment fonctionnez-vous avec le président, Michael D. Higgins ?
On se retrouve généralement dans son bureau, on parle des lectures à faire pour le discours à venir. Régulièrement, il demande à sa secrétaire personnelle de commander des livres en deux exemplaires pour qu’on les lise. Ce qui n’est pas simple pour moi parce qu’il a des tendances insomniaques et lit très vite. Souvent, il me donne son exemplaire, je vois ce qu’il a souligné et on en parle. Pour tout discours, on reçoit aussi des notes de la part du ministère concerné. Puis, j’envoie le premier jet du discours au président. Il me le retourne et ainsi de suite. C’est un travail de navette.

C’est captivant ?
Oui, parce que Michael D. Higgins n’est pas seulement un homme politique, c’est aussi un poète. Il a un rapport très exigeant à la langue. Il a également été professeur de sociologie, ce qui lui donne une réflexion critique très intéressante. De même, il est connu pour ses prises de position sur les droits de l’Homme. Il s’est rendu en Amérique centrale pour soutenir les opposants aux dictatures militaires et a même été expulsé de certains pays. Il était étudiant aux États-Unis pendant la guerre du Viêt Nam et est très intéressé par les luttes de décolonisation, par l’Afrique, par l’Amérique du Sud. Bref, il a plusieurs facettes. C’est quelqu’un de très intellectuel, ce qui, dans le monde politique irlandais contemporain, est rare. C’est un peu comme la différence entre un Mitterrand et un Sarkozy. Ce n’est pas un communicant. Il a horreur des slogans.

Vous avez vécu à ses côtés des moments forts, comme en 2014, la première visite d’État d’un président irlandais à la Reine d’Angleterre depuis l’indépendance. C’était un discours particulier?
Oui, c’était passionnant. Le président a fait plusieurs discours dont deux principaux : un à la table de la Reine, à Windsor, et un devant les deux parlements, à Westminster, avec un souffle historique.

Ce sont des discours forcément très scrutés. Ont-ils été préparés différemment ?

Oui, c’était très, très encadré. On a eu moins de liberté qu’habituellement. Chaque mot comptait, chaque virgule était pesée. C’était plus un exercice d’équilibre diplomatique qu’un discours dans lequel on peut faire passer des idées. Mais c’était un moment crucial pour les Irlandais et cela a été très suivi. C’était aussi une envie de la Reine qui a été touchée dans son histoire personnelle par le conflit en Irlande du Nord. Elle était très proche d’un de ses cousins qui a été tué dans un attentat de l’IRA. Elle arrive à la fin de son règne et elle souhaitait faire un geste de réconciliation envers le peuple irlandais. On l’a senti aussi lors des commémorations de la Seconde Guerre mondiale, en 2014, auxquelles les Irlandais ont été invités pour la première fois.

Cette année, l’Irlande a aussi célébré le centenaire de l’insurrection de Pâques 1916. Une année particulière ?
Oui, c’est l’année la plus intense depuis le début du mandat. C’est vraiment le mythe fondateur de l’Irlande. Ce n’est pas ce qui a donné l’indépendance mais ça reste un événement fort : un grand fiasco militaire mais une grande victoire symbolique et morale parce que cela a galvanisé le sentiment patriotique irlandais. C’était la première fois qu’un des peuples de l’Empire osait défier la Couronne.

Pour ce soulèvement et l’indépendance, l’Irlande est souvent montrée en exemple par des militants bretons. Qu’en pensez-vous ?
En Bretagne, cela a été un motif incantatoire pour plusieurs générations de militants nationalistes mais il n’y a pas de comparaison possible entre ce qu’était le mouvement indépendantiste en Irlande et en Bretagne. L’histoire n’est pas du tout la même. Aujourd’hui, il y a un déficit de véritable gouvernement local entre la France et la Bretagne et on peut se dire que l’Irlande a réussi à prendre son indépendance. Mais en fait, l’Irlande est un pays hyper centralisé dans lequel il y a encore moins de démocratie locale. Tout se passe à Dublin.

Avec votre parcours très riche, quel regard portez-vous sur la Bretagne ?
J’ai le sentiment qu’elle est à un carrefour où il faudrait une mobilisation des milieux culturels, politiques, économiques afin de trouver un nouveau modèle pour les décennies à venir. Je pense qu’on est arrivé à la fin du modèle breton et qu’il faut absolument le renouveler. Je suis très inquiète pour l’avenir de l’agriculture bretonne. Et par ailleurs, je suis assez admirative de la vitalité associative et culturelle en Bretagne. C’est une région vivante dans laquelle il reste une cohésion sociale qui fait défaut à de nombreuses régions.

Selon vous, il manque une ligne directrice ?
Il manque une vision collective. Et il ne faut pas réfléchir seulement à un développement à l’intérieur de l’Hexagone mais prendre aussi en compte les grands enjeux globaux que sont le changement climatique et le développement durable. Et cela pourrait se faire de manière intéressante en Bretagne. La politique française est en train de sombrer dans un marasme inquiétant. En Bretagne, il y a encore quelque chose à sauver. Il y a une richesse humaine mais il faut une mobilisation collective.

A lire: le catalogue du Festival du livre en Bretagne

L’équipe du Festival du Livre en Bretagne a réalisé un très beau travail avec ce catalogue de la 27ème édition du Festival.

Très bien illustré, ce livret rassemble de nombreux articles autour du thème de l’influence irlandaise sur la Bretagne.

Vous pouvez y avoir accès en cliquant sur l’illustration ci-dessous:

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Festival du livre en Bretagne. « Pâques 1916 a eu un impact évident »

Ouest-France, 25 octobre 2016

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Jacques-Yves Le Touze, coordonnateur du Comité Irlande 2016. Photo Ouest-France.

À l’honneur ce week-end au Festival du livre en Bretagne, l’Irlande célèbre les 100 ans de son insurrection contre la Grande-Bretagne.

Trois questions à Jacques-Yves Le Touze, coordinateur du comité Irlande 2016

Quels échos ont eu les événements de Pâques 1916 en Bretagne ?

Durant tout le XIXe siècle, il existait un mouvement culturel – notamment avec le Congrès celtique – qui a participé à la renaissance celtique. Il comprenait aussi l’Écosse et le Pays de Galles, mais les liens étaient peut-être plus étroits entre la Bretagne et l’Irlande, toutes deux ayant le catholicisme en commun.

Un premier parti national breton est même créé au début du XXe siècle. Mais la Première Guerre mondiale agit comme une césure. Quand l’insurrection irlandaise a lieu, les Bretons y voient d’abord l’action d’une petite bande de traîtres vis-à-vis de l’allié britannique. Il est d’ailleurs avéré que l’Allemagne leur avait fourni des armes.

Après la guerre, comment le regard des Bretons évolue-t-il ?

Pâques 1916, qui était militairement un échec, est un succès politique qui a eu un impact très fort sur le mouvement breton. En obtenant son indépendance, l’Irlande, sans chercher à jouer ce rôle, devient un exemple. Ce qui ressemblait à un certain régionalisme bourgeois fait place à de nouveaux militants politiquement plus radicaux.

Mais l’Irlande inspire aussi un renouveau linguistique et artistique, notamment musical à partir des années 1950. Des événements comme le Festival de Lorient ont agi comme une vitrine pour la scène irlandaise. Ce pays, parfois mythifié, devient un lieu de pèlerinage obligatoire pour des générations de militants.

Il ne faut pas non plus oublier les mauvais côtés de cette influence, notamment quand certains ont essayé de reproduire Pâques 1916 pendant la Seconde Guerre mondiale : le contexte avait changé et les Allemands n’étaient pas les mêmes.

Et aujourd’hui ?

L’intérêt des Bretons pour l’Irlande s’est normalisé depuis une quinzaine d’années. Les facilités de voyage ont sans doute participé à sa démythification. Actuellement, l’influence politique serait davantage écossaise. Mais l’Irlande conserve un capital sympathie évident en Bretagne. Il y a toujours énormément de liens dans des secteurs très différents. Par exemple, avec la création de clubs de football gaélique, des échanges entre universités, les quelque 120 jumelages entre communes, etc. Si vous interrogez dans la rue un Breton sur Pâques 1916, il est peu probable que ça lui parle. Pourtant, sans ces événements, la Bretagne en tant que telle ne serait aujourd’hui pas la même.

Vendredi 28 et samedi 29 octobre, colloque organisé par Le CRBC-Rennes 2 dans le cadre du Festival du livre de Carhaix « Les influences irlandaises : 1916 – 2016 » à l’occasion du centenaire du soulèvement de Pâques 1916. Ouvert à tout public. Renseignements sur le site du festival.

Maxime Lavenant

Ouest-France

Festival du livre en Bretagne: l’ambassadrice d’Irlande à Carhaix.

Ouest-France, 17 octobre 2016

Geraldine Byrne Nason lors de sa venue à La Vallée des Saints l'été dernier. Photo Philippe Argouarc'h, ABP.

Geraldine Byrne Nason lors de sa venue à La Vallée des Saints l’été dernier.

Geraldine Byrne Nason, ambassadrice d’Irlande en France se rendra à Carhaix le 29 octobre, pour l’inauguration du festival du livre en Bretagne.

Geraldine Byrne Nason, L’ambassadrice d’Irlande en France se rendra au festival du livre en Bretagne, à Carhaix. Elle sera présente pour l’inauguration de la 27e édition, le samedi 29 octobre.
Délégation irlandaise

Elle viendra renforcer une délégation irlandaise déjà importante. La présidente d’honneur du festival est cette année Aziliz Gouez, rédactrice en chef des discours du président de la République d’Irlande.