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Irlande 1916: retour sur le Festival du livre de Carhaix

Un petit retour sur le Festival du Livre en Bretagne à Carhaix consacré cette année à l’Irlande 1916 – 2016 avec deux videos de l’Agence Bretagne Presse:

Le discours introductif de Christian Troadecn, maire de Carhaix et conseiller départemental.

L’intervention de Geraldine Byrne Nason, ambassadeur d’Irlande:

Et le Bro Gozh clôturant l’inauguration:

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8 novembre à Nantes, conférence de Jean Guiffan sur la bataille de la Somme et l’Irlande du nord.

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Un des « murals » unionistes de Belfast.

En  dehors  des  lieux  de  combats,  c’est  sûrement  en  Irlande  du  Nord  que  l’on  connaît  le  mieux  la  bataille de la Somme : une centaine de « murals » peints   dans   les   rues   des   principales   villes   y   célèbrent   le   sacrifice   de   la   36e   division   de   l’Ulster, un régiment de protestants nord-irlandais qui  s’est  fait  décimer  dans  les  premiers  jours  de  combat.

Entre la Somme, bataille mythique pour les Unionistes, et le soulèvement de Pâques 1916, référence de tout républicain irlandais, Jean Guiffan retracera l’importance de la mémoire des combats de la Somme pour les loyalistes nord-irlandais à travers les « murals ».

Conférence à 18 h le mardi 8 novembre
Archives Départementales de Loire-Atlantique

6 rue de Bouillé
Nantes
02 51 72 93 20 et archives@ loire-atlantique.fr

1916-2016: une sculpture pour symboliser les liens entre Irlande et Bretagne.

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La sculpture devant Mme l’Ambassadeur d’Irlande, Geraldine Byrne NAson, durant l’inauguration du Festival du Livre en Bretagne à Carhaix le 29 octobre 2016.

Présentée une première fois lors du Festival interceltique de Lorient , l’œuvre créée par le sculpteur Patrick Guého de Locoal-Mendon, a été mise à l’honneur durant le Festival du Livre en Bretagne.

Réalisée en kersantite ou pierre de Kersanton, la sculpture représente la harpe irlandaise et l’hermine bretonne.

Sur proposition du Comité Irlande 2016, cette sculpture va sans doute prendre la direction de l’Irlande. Informations à suivre.

Christian Troadec : Carhaix célèbre l’Irlande, ses influences sur la Bretagne, sa richesse culturelle et son dynamisme créatif.

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De gauche à droite: Aziliz Gouez, Lena Louarn, l’ambassadrice d’Irlande Mme Byrne Nason,Christian Troadec, Yann Peillet.

Lors de l’inauguration du Festival du Livre en Bretagne , Christian Troadec maire de Carhaix et conseiller départemental a ainsi ouvert l’évènement rappelant les liens entre l’Irlande et la Bretagne.

« L’édition 2016 du Festival du Livre en Bretagne célèbre l’Irlande et il est vrai que ce pays a une place toute particulière dans le cœur des Bretons.

Sans faire un long recensement des liens multiples entre nos deux nations celtiques, je voudrais juste citer quelques événements pour illustrer notre longue histoire commune.

Passons sur le fait que la légende dit que ce sont nos ancêtres armoricains qui auraient construit il y a 5000 ans Newgrange, une manière si l’on veut de parler de nos liens millénaires à travers les mers. Irlandais et Bretons se sont aussi côtoyés de façon assez rude parfois du côté des royaumes bretons de l’île de Bretagne. Ne dit-on pas que Saint Patrick était d’origine bretonne ?

Mais l’Irlande fait une entrée remarquée dans l’histoire de notre Bretagne armoricaine avec ses saints qui vont laisser une marque indélébile sur le sol breton et dans l’histoire de notre pays. La Vallée des Saints que, Mme l’Ambassadrice, vous avez visitée cet été, en est une illustration pour le moins spectaculaire.

Irlande et Bretagne devant faire face pendant plusieurs siècles aux appétits quelque peu envahissants de leurs voisins anglais et français, les relations entre les deux pays se sont distendues . Notons quand même la présence de milliers de réfugiés irlandais en Bretagne à partir de la fin du XVIIème siècle dont nombre finalement se sont installés pour devenir commerçants, artisans ou même armateurs comme à Nantes.

Le renouveau celtique du XIXème siècle relance l’intérêt pour le devenir de nos langues et de nos cultures parmi les intellectuels de Bretagne, d’Irlande, de Galles ou d’Écosse. La renaissance gaélique de la fin du XIXème siècle inspire nos artistes et écrivains. C’est par exemple en Irlande que François Vallée prendra l’idée du renouveau artistique breton qui naîtra quelques années plus tard avec les Seiz Breur.

Le bouillonnement politique irlandais au début du XXème siècle ne pouvait qu’intéresser les personnalités bretonnes les plus engagées. Le soulèvement de Pâques 1916 marque en quelque sorte un tournant dans la vision bretonne de l’Irlande. De nation sœur meurtrie que l’on tente de soutenir, l’Irlande devient une véritable source d’inspiration pour des générations de Bretons jusqu’à aujourd’hui.

L’on peut citer quelques Bretons qui ont marqué l’histoire de nos relations : Louis Napoléon Le Roux, personnage extraordinaire qui deviendra l’un des premiers biographes de Patrick Pearse et dont l’ouvrage sera le livre de chevet de nombre d’activistes bretons entre les deux guerres ; Polig Monjarret infatigable cheville ouvrière du développement des liens entre Bretagne et Irlande grâce à qui 120 communes bretonnes sont jumelées avec l’Irlande, qui permit à l’Irlande de montrer ses talents au Festival interceltique de Lorient, qui s’inspira de l’expérience irlandaise pour créer le Kan ar Bobl, qui encouragea la Brittany Ferries à développer une ligne Roscoff-Cork ; ou encore Pierre Bernard qui créa avec d’autres le SPI, le Secours Populaire Interceltique qui permit à des milliers d’enfants originaires d’Irlande du Nord de venir en vacances en Bretagne durant les Troubles .

Durant les cent dernières années, les relations entre Bretagne et Irlande se sont amplifiées de façon spectaculaire. Pour ne prendre que la scène musicale, Sean O Riada et les Chieftains sont un peu à la source du renouveau musical breton comme Alan Stivell a joué le même rôle dans l’évolution de la musique irlandaise dans les années 70.

Pour nombre de Bretons, l’Irlande est devenue leur seconde patrie en quelque sorte. Et depuis la fin des années 80 s’est ajouté le volet économique avec la présence permanente d’environ 25 000 Bretons en Irlande actifs dans différents domaines de la vie économique et sociale irlandaise : agro-alimentaire, pêcheries, informatique, universités. La diaspora bretonne est désormais bien présente en Irlande et renforce ainsi nos liens des deux côtés de la mer. Et… Aziliz Gouez en est une brillante représentante auprès de votre président Michael Higgins, lui aussi excellent connaisseur de la Bretagne

Aujourd’hui, Carhaix célèbre l’Irlande, ses influences sur la Bretagne, sa richesse culturelle et son dynamisme créatif.

Je voudrais aussi souligner notre intérêt devant l’évolution politique de la question irlandaise avec ces accords du Vendredi Saint qui ont permis aux deux Irlande de se retrouver avant d’espérer d’être réunifiées. Lors du dernier festival de Lorient le député de Belfast, Alasdair MacDonnell, souhaitait que la Bretagne soutienne l’Irlande qui va devoir faire face au défi que représente le Brexit et le retour de la frontière entre nord et sud. Ce festival à Carhaix en mettant à l’honneur l’Irlande dans sa globalité est aussi un témoignage de notre part contre ce retour en arrière provoqué par Londres.

L’indépendance de l’Irlande, la réconciliation amorcée entre nord et sud nous ont inspiré et encouragé pendant des décennies, l’Écosse suit la voie ouverte par l’Irlande vers l’émancipation politique. A notre façon, nous sommes ici engagés sur la même voie. »

Carhaix: le Bro Gozh pour l’Irlande.

Le Télégramme, 30 octobre 2016

La 25e édition du festival du livre en Bretagne, qui s’est ouverte hier avec plus de 300 auteurs au Glenmor met l’Irlande à l’honneur. Mais aussi les liens avec la Bretagne , symbolisés par Aziliz Gouez, plume bretonne du président irlandais et présidente d’honneur de l’événement.

Cela fait quelques années que l’on n’avait pas vu autant de monde à l’inauguration du festival du livre. L’effet 25 ans, comme aux Vieilles Charrues, sans doute, mais aussi, très certainement, l’effet Irlande. En choisissant de mettre le pays de Samuel Beckett en avant cette année, à l’occasion du centenaire du soulèvement de Pâques 1916, les organisateurs du festival ont visé juste. C’est une nouvelle occasion de mesurer le lien très fort qui unit l’Irlande et la Bretagne. Un lien symbolisé par les très nombreux comités de jumelage entre des villes bretonnes et irlandaises mais aussi, ce week-end, par la présidente d’honneur du festival : Aziliz Gouez, fille d’agriculteurs morbihannais devenue rédactrice en chef des discours du président irlandais .

L’ambassadrice d’Irlande reviendra… avec U2

Une présidente ravie d’être là. « C’est un plaisir et une occasion rare que d’assister à une manifestation qui fait se rencontrer, dialoguer et se rejoindre mes deux pays. Aujourd’hui, je me sens tout autant irlandaise que bretonne », a-t-elle expliqué lors de l’inauguration du festival. Les autres intervenants ont aussi souligné cet attachement commun : Christian Troadec, le maire de Carhaix, Léna Louarn, la vice-présidente du conseil régional, mais aussi Géraldine Byrne Nason, l’ambassadrice d’Irlande en France. Une ambassadrice qui ne manque pas d’humour. S’excusant de ne pas encore maîtriser le breton, elle a promis qu’elle y arriverait… à la fin du week-end ! Plus tard, elle a encore fait sourire tout le monde en évoquant le fait que Christian Troadec avait promis de l’inviter aux prochaines Vieilles Charrues. « J’ai bien compris que c’est seulement pour que je fasse venir U2 », a-t-elle glissé. « Pas de problème », a répondu le maire de Carhaix qui a déjà trouvé où loger la bande à Bono. « On a un lieu-dit qui s’appelle Le Bono. Ils seront hébergés là-bas ». La cérémonie officielle s’est terminée en chanson. La chorale brestoise Kan Awen a d’abord interprété l’hymne irlandais. Puis, elle a terminé par le Bro gozh ma zadoù, repris en choeur par le public.

Aziliz Gouez. « Le président irlandais a plusieurs facettes »

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Aziliz Gouez, photo Le Télégramme .

Le Télégramme, 29 octobre 2016

Propos recueillis par Dominique Morvan

Parcours impressionnant que celui d’Aziliz Gouez. À 37 ans, et après avoir été notamment assistante parlementaire de François Hollande, cette fille d’agriculteurs de Malansac (56), diplômée d’anthropologie politique, est la plume du président de la République d’Irlande. Présidente d’honneur du festival du livre de Carhaix (29) aujourd’hui et demain, elle se confie sur son rôle et sur la Bretagne.

Comment une Bretonne devient-elle rédactrice en chef des discours du président irlandais ?
Il y a quatre ans, je suis venue m’installer ici avec mon compagnon qui est irlandais. À l’époque, notre fille avait un an et je pensais prendre du temps pour m’en occuper. Mais, j’ai vu une petite annonce disant que le président cherchait une plume. C’était assez insolite. J’ai candidaté et, à ma grande surprise, j’ai été sélectionnée pour un premier tour d’entretien et d’essai. On avait une heure pour rédiger un discours. Puis, après plusieurs tours d’écriture et d’entretien, nous n’étions plus que douze, puis quatre et on m’a annoncé que j’étais retenue. Cela m’a sidérée parce que je connais des gens qui font ce métier en France, où le poste est plutôt réservé aux normaliens et aux énarques. En Irlande, ce sont traditionnellement des hauts fonctionnaires du ministère des Affaires étrangères. Mais le président a un profil particulier et cherchait quelqu’un de différent.

Concrètement, comment fonctionnez-vous avec le président, Michael D. Higgins ?
On se retrouve généralement dans son bureau, on parle des lectures à faire pour le discours à venir. Régulièrement, il demande à sa secrétaire personnelle de commander des livres en deux exemplaires pour qu’on les lise. Ce qui n’est pas simple pour moi parce qu’il a des tendances insomniaques et lit très vite. Souvent, il me donne son exemplaire, je vois ce qu’il a souligné et on en parle. Pour tout discours, on reçoit aussi des notes de la part du ministère concerné. Puis, j’envoie le premier jet du discours au président. Il me le retourne et ainsi de suite. C’est un travail de navette.

C’est captivant ?
Oui, parce que Michael D. Higgins n’est pas seulement un homme politique, c’est aussi un poète. Il a un rapport très exigeant à la langue. Il a également été professeur de sociologie, ce qui lui donne une réflexion critique très intéressante. De même, il est connu pour ses prises de position sur les droits de l’Homme. Il s’est rendu en Amérique centrale pour soutenir les opposants aux dictatures militaires et a même été expulsé de certains pays. Il était étudiant aux États-Unis pendant la guerre du Viêt Nam et est très intéressé par les luttes de décolonisation, par l’Afrique, par l’Amérique du Sud. Bref, il a plusieurs facettes. C’est quelqu’un de très intellectuel, ce qui, dans le monde politique irlandais contemporain, est rare. C’est un peu comme la différence entre un Mitterrand et un Sarkozy. Ce n’est pas un communicant. Il a horreur des slogans.

Vous avez vécu à ses côtés des moments forts, comme en 2014, la première visite d’État d’un président irlandais à la Reine d’Angleterre depuis l’indépendance. C’était un discours particulier?
Oui, c’était passionnant. Le président a fait plusieurs discours dont deux principaux : un à la table de la Reine, à Windsor, et un devant les deux parlements, à Westminster, avec un souffle historique.

Ce sont des discours forcément très scrutés. Ont-ils été préparés différemment ?

Oui, c’était très, très encadré. On a eu moins de liberté qu’habituellement. Chaque mot comptait, chaque virgule était pesée. C’était plus un exercice d’équilibre diplomatique qu’un discours dans lequel on peut faire passer des idées. Mais c’était un moment crucial pour les Irlandais et cela a été très suivi. C’était aussi une envie de la Reine qui a été touchée dans son histoire personnelle par le conflit en Irlande du Nord. Elle était très proche d’un de ses cousins qui a été tué dans un attentat de l’IRA. Elle arrive à la fin de son règne et elle souhaitait faire un geste de réconciliation envers le peuple irlandais. On l’a senti aussi lors des commémorations de la Seconde Guerre mondiale, en 2014, auxquelles les Irlandais ont été invités pour la première fois.

Cette année, l’Irlande a aussi célébré le centenaire de l’insurrection de Pâques 1916. Une année particulière ?
Oui, c’est l’année la plus intense depuis le début du mandat. C’est vraiment le mythe fondateur de l’Irlande. Ce n’est pas ce qui a donné l’indépendance mais ça reste un événement fort : un grand fiasco militaire mais une grande victoire symbolique et morale parce que cela a galvanisé le sentiment patriotique irlandais. C’était la première fois qu’un des peuples de l’Empire osait défier la Couronne.

Pour ce soulèvement et l’indépendance, l’Irlande est souvent montrée en exemple par des militants bretons. Qu’en pensez-vous ?
En Bretagne, cela a été un motif incantatoire pour plusieurs générations de militants nationalistes mais il n’y a pas de comparaison possible entre ce qu’était le mouvement indépendantiste en Irlande et en Bretagne. L’histoire n’est pas du tout la même. Aujourd’hui, il y a un déficit de véritable gouvernement local entre la France et la Bretagne et on peut se dire que l’Irlande a réussi à prendre son indépendance. Mais en fait, l’Irlande est un pays hyper centralisé dans lequel il y a encore moins de démocratie locale. Tout se passe à Dublin.

Avec votre parcours très riche, quel regard portez-vous sur la Bretagne ?
J’ai le sentiment qu’elle est à un carrefour où il faudrait une mobilisation des milieux culturels, politiques, économiques afin de trouver un nouveau modèle pour les décennies à venir. Je pense qu’on est arrivé à la fin du modèle breton et qu’il faut absolument le renouveler. Je suis très inquiète pour l’avenir de l’agriculture bretonne. Et par ailleurs, je suis assez admirative de la vitalité associative et culturelle en Bretagne. C’est une région vivante dans laquelle il reste une cohésion sociale qui fait défaut à de nombreuses régions.

Selon vous, il manque une ligne directrice ?
Il manque une vision collective. Et il ne faut pas réfléchir seulement à un développement à l’intérieur de l’Hexagone mais prendre aussi en compte les grands enjeux globaux que sont le changement climatique et le développement durable. Et cela pourrait se faire de manière intéressante en Bretagne. La politique française est en train de sombrer dans un marasme inquiétant. En Bretagne, il y a encore quelque chose à sauver. Il y a une richesse humaine mais il faut une mobilisation collective.

A lire: le catalogue du Festival du livre en Bretagne

L’équipe du Festival du Livre en Bretagne a réalisé un très beau travail avec ce catalogue de la 27ème édition du Festival.

Très bien illustré, ce livret rassemble de nombreux articles autour du thème de l’influence irlandaise sur la Bretagne.

Vous pouvez y avoir accès en cliquant sur l’illustration ci-dessous:

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