Archives mensuelles : mai 2016

Il y a cent ans, les dirigeants du soulèvement de Pâques étaient exécutés.

 

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Le magazine Bretons met à l’honneur Louis-Napoléon Le Roux.

LouisNapoleonLeRoux

Il y a quelques semaines, nous avions évoqué ici sous la plume d’Alan Le Cloarec ( voir l’article ) la figure assez extraordinaire de Louis-Napoléon Le Roux, personnage étonnant dont l’activité se partagea entre Bretagne, Irlande et Grande Bretagne au moment de la révolution irlandaise.

Le numéro du mois de mai de la revue Bretons revient sur l’histoire de Louis- Napoléon Le Roux avec un article d’Erwan Chartier.

En vente en kiosque et par correspondance ici.

Bretons 120

Ennemis à Dublin en 1916, acteurs ensemble en 1941.

Ouest-France, 29 avril 2016

par Michel Derrien

LoderShields

« Qu’elle était verte ma vallée » avec l’Anglais John Loder (au centre) et l’Irlandais Arthur Shields (à droite) dans les camps opposés lors du soulèvement de Dublin en 1916. (Photo : DR)

Il y a 100 ans, les insurgés de Dublin capitulaient. Parmi les témoins de la scène : John Loder et Arthur Shields. Combattants des camps opposés, ils sont acteurs dans le même film à Hollywood, Qu’elle était verte ma vallée, vingt-cinq années plus tard.

Quelle était verte ma vallée est un des grands classiques du cinéma. Ce drame réalisé en 1941 par John Ford a obtenu six oscars. Aux côtés des vedettes Maureen O’Hara et de Donald Crisp, figure tout un lot de seconds rôles que le célèbre borgne avait choisis avec soin. Et parmi eux : John Loder et Arthur Shields. Si leurs noms ne sont pas très connus, leurs visages le sont davantage, en raison des films parfois prestigieux dans lesquels ils ont joué.

Ce n’est pas la première fois que les deux acteurs se croisent. Et ce n’est pas sur un plateau de cinéma qu’ils ont commencé par « jouer » ensemble. Mais sur un champ de batailles. Celui de Dublin, lors des Pâques 1916, dans un camp opposé. Loder était soldat britannique. Shields, un des insurgés.

Loder, le fils du général

John Loder est né John Muir Lowe. Il est sous-lieutenant en 1915. Il n’a pas encore 18 ans et a réchappé à Gallipoli dans les Dardanelles. Le vendredi 21 avril 1916, il rend visite à son père, le général W.H.M. Lowe, qui commande les forces britanniques à Dublin. Il bénéficie d’une permission avant de rejoindre son régiment à Rouen. Quand une insurrection survient.

Le 24 avril, lundi de Pâques, un millier d’hommes et quelques dizaines de femmes occupent des bâtiments de la ville dont la Grande Poste. Ils veulent établir une République dans une Irlande indépendante et font le coup de feu lorsque la troupe cherche à les déloger. Les combats vont durer six jours. Les Anglais font venir des renforts et n’hésitent pas à bombarder le centre-ville à l’aide de la canonnière Helga qu’ils ont dépêchée sur la Liffey, le fleuve qui coupe la cité en deux.

Le samedi 29 avril, pour éviter une plus grande hécatombe et une plus grande destruction de la ville, les insurgés décident de se rendre. À 15 h 30, le poète Patrick Pearse, qui avait proclamé l’indépendance sur les marches de Grande Poste, accompagné d’un drapeau blanc porté par Elizabeth O’Farrell, infirmière engagée au côté des rebelles, remet la capitulation sans condition au général Lowe. Une photo a immortalisé l’instant. On y distingue un troisième homme : John Lowe. Durant la semaine, bloqué à Dublin, il a servi d’aide de camp à son général de père.

Un secret de soixante ans

C’est lui qui va accompagner Pearse à son lieu de rétention. Dans la voiture, le leader rédige un mot pour ses proches. Comme il n’a pas tout à fait terminé, Lowe demande au chauffeur de faire le tour de la caserne. Touché par ce geste, Pearse ôte son chapeau, décroche l’insigne des Irish Volunters et le lui donne… Le poète est fusillé le 3 mai 1916 comme le seront quatorze de ses camarades.

Cette histoire, John Loder l’a tue pendant soixante ans, jusqu’à la parution de ses mémoires, Hollywood Hussar, en 1977. Après Dublin, il a participé à la bataille de la Somme, puis a été fait prisonnier en mars 1918. À sa libération, il reste en Allemagne. On le retrouve acteur de cinéma. Il se fait appeler désormais John Loder pour ne pas fâcher son père.

Marié à la plus belle femme du monde

Il part tenter sa chance à Hollywood, revient en Angleterre. On retrouve son nom au générique de Sabotage (1936) d’Alfred Hitchcock, des Mines du roi Salomon (1937), de Gentleman Jim (1942) de Raoul Walsh, de Passage to Marseille (1944)… Loder est aussi connu pour s’être marié cinq fois, notamment avec Hedy Lamarr, « la plus femme du monde », selon le producteur Louis B. Mayer de la Metro-Goldwyn-Mayer.

Dans ses mémoires, Loder affirme que son père avait finalement du respect pour les rebelles. Lui-même fut contrarié d’apprendre que l’insigne de Pearse avait disparu dans le bombardement de sa maison à Londres par la Luftwaffe. Il raconte qu’il aurait aimé le remettre au Musée national irlandais, qui conserve les reliques du soulèvement de 1916. Loder est mort à Londres en 1988. Il avait 90 ans.

Il fait le coup de feu dans la Grande Poste

Arthur Shields est à peine plus vieux que Loder quand le soulèvement éclate à Dublin. Il a 20 ans. D’une famille protestante, il est le fils d’un journaliste et leader ouvrier. Il fait déjà l’acteur à l’Abbaye Theatre, sorte de Comédie française de l’Irlande. Il est pour l’indépendance du pays. Le lundi de Pâques, il rejoint l’Irish Citizen Army, une milice ouvrière du socialiste James Connolly, ami de son père.

Arthur Shields est resté très discret sur son action. On doit les détails à son copain Charles Saurin, lui aussi membre de l’ICA. Il est dans la Grande Poste aux côtés de son chef, blessé. Il fait le coup de feu dans des conditions périlleuses. Est volontaire pour les missions dangereuses. Lorsque la situation n’est plus tenable, il se replie avec les leaders, Pearse, Connolly… dans une maison de Moore Street où la décision d’arrêter le combat est prise.

Arrêté avec tous les insurgés, Shields est interné d’abord en Angleterre puis au camp de prisonniers de Frongoch au Pays de Galles avec Michael Collins, l’homme qui arrachera avec ses camarades l’indépendance en 1921.

Le révérend de L’Homme tranquille

Il retrouve la scène de l’Abbaye Theatre une fois libéré. Mais il est mal à l’aise dans la nouvelle Irlande conservatrice, corsetée par l’Église catholique. En 1935, à l’issue d’une tournée théâtrale américaine où il a triomphé dans les pièces de Sean O’Casey, il accepte la proposition de John Ford de jouer pour le cinéma.

Il s’installe à Hollywood où il tournera des dizaines de films. Il est notamment le révérend Playfair, le pasteur protestant dans L’Homme tranquille (1952), le film irlandais de John Ford avec sa célèbre bagarre. Dans Qu’elle était verte ma vallée il joue un diacre revêche. On ne sait s’il a échangé ses souvenirs de Pâques 1916 avec John Loder.

Shields est mort en 1970, à Santa Barbara en Californie. Il est enterré à Dublin au côté de son frère, Barry Fitzgerald, autre acteur truculent de John Ford. C’est notamment le marieur de L’Homme tranquille.

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