Archives mensuelles : septembre 2016

1916, une date incontournable de l’histoire irlandaise et mondiale: rencontre avec Alain Monnier

Cent ans après, quel intérêt y a-t-il à célébrer le soulèvement irlandais de Pâques 1916 ? Alors que certains limitent aujourd’hui cet événement à un épisode sanglant de moindre importance, quelle valeur revêt-il pour l’histoire de l’Irlande et au-delà ? Rencontre avec l’auteur Alain Monnier.couv-monnier-irlande-final-_001

– Vous venez de publier un petit ouvrage présentant les événements de Pâques 1916 en Irlande. Que représente pour vous cette période de l’histoire irlandaise ?

Lorsque je suis allé pour la première fois dans le sud de l’Irlande, en 1968, le pays était encore marqué par les célébrations du Cinquantenaire de Pâques 1916. Peu de temps après, la situation dans les Six Comtés du Nord revenait de façon dramatique sur le devant de la scène, démontrant que ce qui s’était déroulé un demi-siècle auparavant n’avait rien perdu de sa dramatique actualité. Cette année, les célébrations du Centenaire de Pâques 1916 représentent une capitalisation de ce qui a été vécu auparavant par de très nombreuses générations, et ce qui s’est passé depuis. Il ne faut pas se cacher non plus qu’aujourd’hui, certaines voix discordantes se font entendre, bénéficiant d’un écho sans doute exagéré, pour vouloir éliminer le passé, en le noyant dans une somme d’événements annexes ou le réécrire de façon biaisée : certains médias, certaines personnalités mais aussi des historiens qualifiés de révisionnistes sont allés jusqu’à remettre en cause le bien-fondé de ces célébrations. Il est par conséquent essentiel de veiller à ce que ce devoir de mémoire soit accompli.

Lorsque l’Institut Culturel de Bretagne m’a proposé d’assurer une communication sur ce sujet, j’ai donc été honoré et enchanté de contribuer pour ma modeste part à cette célébration. C’est cette présentation de mars 2016 qui a servi de base à l’actuelle publication de l’ICB comme à la communication proposée lors du Festival Interceltique de Lorient, le jour même de l’inoubliable concert « Visionaries and their words ».

– Au-delà de l’Irlande, ce soulèvement a eu des répercussions dans l’ensemble de l’Empire britannique : pensez-vous que Pâques 1916 est une sorte de symbole pour l’ensemble des mouvements de libération nationale à travers le monde ?

Oui, tout à fait. Si j’ai évoqué la singularité de 1916 qui mérite de ne pas être submergée dans un déluge d’événements contemporains, comme la Première Guerre mondiale, l’interaction entre ce qui s’est déroulé à Dublin et le contexte ne doit pas être réduite ni sous-estimée. Certains leaders de l’Insurrection incarnaient le lien entre cette génération et les précédentes, d’autres concrétisaient la relation étroite entre le sort de l’Irlande et celui d’autres peuples opprimés. Ainsi, en amont même de la Semaine de Pâques, Roger Casement voyait-il son engagement pour l’Irlande s’inscrire dans le droit fil des combats humanitaires qu’il avait menés auprès des populations autochtones du Congo et de l’Amazonie.

Après la Semaine de Pâques, lors de la répression, mais également pendant les années de guerre d’indépendance (1919-1921) comme au moment des débats de l’assemblée pour savoir s’il fallait ou non ratifier le Traité, les Irlandais savaient que beaucoup de regards étaient tournés vers eux.

Le constat général en 1918 est que, du côté des vaincus du premier conflit mondial, des empires se sont effondrés et que, si la victoire permet à d’autres de limiter les dégâts, ils ont été sérieusement ébranlés ; leur fondement même est mis à mal par les propos tenus au lendemain de l’armistice, notamment au cours des discussions qui s’ouvrent dans le cadre de la Conférence de Paris. De l’Egypte à la Chine et à la Corée, en passant par l’Inde et la Russie, on aspire à une ère nouvelle ; les Républicains irlandais entendent que leur lutte s’inscrive dans cette perspective… Les manœuvres britanniques les conduiront finalement à jouer un rôle quasi-nul dans le cours des discussions officielles. Mais ceux qui, au Moyen-Orient ou en Asie, ont vu dans le Soulèvement de Pâques un espoir, vont suivre avec le plus grand intérêt le résultat des élections de 1918 qui consacre par la voix populaire les principes de la Proclamation de 1916 et la Guerre d’indépendance que l’Irlande va devoir mener pour faire respecter ces choix. Des soulèvements auront lieu, en Inde notamment, qui feront expressément référence à l’exemple irlandais. Mais l’influence de la Révolution irlandaise ne se limite pas à l’empire britannique, puisqu’elle s’étend notamment à Marcus Garvey, l’un des premiers leaders de la cause des Noirs aux États-Unis et au-delà. Lénine, pour sa part, confiait qu’il était dommage que les Irlandais se soient soulevés si tôt, avant un embrasement plus général.

Alan Monnier

Alain Monnier.

– D’après vous que signifient 1916 et les événements qui ont suivi pour l’Irlande d’aujourd’hui ?

Les réactions, je l’ai dit, peuvent être très contrastées aujourd’hui. Sans doute parce que les gens ne distinguent pas la Semaine de Pâques des autres épreuves qui l’ont suivie, notamment la Guerre civile en 1922 et 1923 et les événements qui ont ensanglanté les Six Comtés d’Irlande du Nord entre 1968 et 1998-2000. Des compromis ont été jugés nécessaires par certains, dénoncés par d’autres. Mais le Président O’Higgins a eu plusieurs fois l’occasion de redire combien 1916 était une date fondatrice incontournable et que c’était un non-sens – et même une honte – que de prétendre la dénigrer ou en minorer l’importance sous prétexte de ne pas souhaiter se souvenir d’événements ultérieurs ou de ne pas vouloir entrer dans une logique de justification de la violence.

L’histoire de ces cent dernières années est une histoire, certes douloureuse, faite de balbutiements, d’atermoiements, d’avancées et de reculs, dans un contexte mondial complexe. On ne bâtit pas un projet d’indépendance du jour au lendemain ni aisément lorsqu’il s’agit de rompre avec une politique menée pendant huit siècles par l’un des empires les plus puissants du globe. C’est d’ailleurs cette difficile question que l’ICB m’a proposé de présenter, lors d’une prochaine communication dans le cadre des Jeudis de l’Hermine, le 1er décembre prochain pour clore cette année 2016.

– S’il n’y avait qu’une seule chose à retenir de ces évènements mémorables de 1916, quelle serait-elle pour vous ?

C’est très difficile car, encore une fois, ces événements forment un tout : 1916, c’est une conjonction de destins, une foule de détails vivants, de visages et de noms, une somme d’actes héroïques.

Mais je dirais sans doute la Proclamation de la République. Écrite et validée par les dirigeants de l’Irish Republican Brotherhood, signée par sept patriotes mandataires qui allaient faire le sacrifice de leur vie pour la faire exister, imprimée clandestinement et avec des moyens de fortune dans le quartier général syndical Liberty Hall qui allait être complètement détruit quelques jours plus tard, lue par P H Pearse au fronton de la Poste centrale devenue quartier général de l’insurrection, elle condense toutes les aspirations de la Révolution et servira de matrice à toutes les tentatives ultérieures se situant dans le prolongement de la Semaine de Pâques.

Il est cependant d’autres symboles importants, comme le quartier autour de Moore Street, où les insurgés se sont réfugiés lorsqu’ils ont dû abandonner la poste quand le toit et les murs s’écroulaient sous les tirs de l’artillerie britannique ; ce quartier, où les ordres de cessez-le-feu ont finalement été rédigés et où les leaders ont vécu leurs derniers instants de liberté, risque aujourd’hui d’être en partie démoli pour laisser place à un nouveau centre commercial…

– L’Irlande a influencé durablement la Bretagne ces cent dernières années. D’après vous, dans quel domaine cette influence fut la plus importante ?

C’est vrai que cette influence est réelle. On a d’abord surtout insisté sur l’aspect de lutte intransigeante, irréductible et donc implacable.  Bien entendu, il y a des similitudes entre l’Irlande et la Bretagne, ne serait-ce que dans l’éradication progressive de la culture celtique, mise en œuvre depuis des centres de décision lointains et condescendants. Il y a encore le nombre de soldats que l’on a envoyés aux combats en 14-18, certaines terres étant considérées comme des réservoirs de chair à canon. Et puis, mutatis mutandis, il y a les délicates questions territoriales toujours non résolues en ce qui concerne les Six Comtés du nord de l’Irlande et la disjonction de la Loire-Atlantique du territoire historique de la Bretagne.

Mais l’expérience, au bout de cent ans, prouve que la situation irlandaise et la situation bretonne ne sont pas exactement réductibles l’une à l’autre, ne serait-ce que parce que le rapport de forces n’est pas le même dans un contexte global, par exemple lorsque l’on envisage le rôle constant joué par la diaspora irlandaise dans le soutien apporté par les USA aux différentes péripéties de la lutte de l’Irlande.

Au reste, il ne faut pas sous-estimer non plus les liens historiques objectifs qu’entretient la tradition républicaine irlandaise avec la Révolution française…

Mais, premier pays celtique à affirmer des droits qui lui avaient longtemps été déniés et une identité propre qui bien entendu n’exclut pas de bonnes relations avec toutes les autres cultures du monde, l’Irlande pourrait jouer un rôle plus important par rapport aux différents questionnements que porte la Bretagne aujourd’hui. La proximité géographique y invite, bien entendu, mais également les expériences internationales qui ont vu Seán MacBride, lui-même fils de l’un des patriotes exécutés en 1916, puis dirigeant de l’IRA, ami de Tagore, d’Ho Chi Minh, de Nehru, créer Amnesty International en 1962, ou les anciennes Présidentes irlandaises Mary Robinson ou Mary McAleese s’engager pour les Droits de l’Homme à des degrés et des titres divers, ou encore les forces armées irlandaises de ce pays neutre participer depuis 1958 aux opérations de maintien de la paix sous l’égide de l’ONU. Notre espace commun est bien plus étendu que l’Ouest européen, notre héritage est potentiellement bien plus riche : il faut savoir dépasser certains horizons pour mieux se conformer à soi-même.

Finalement, l’expérience de l’Irlande, à l’occasion de ce Centenaire, pourrait bien être de montrer la complexité de la question de la place de l’Irlande dans le monde et la multiplicité de ressources auxquelles il a fallu recourir pour formuler des débuts de réponses pertinentes non seulement pour les Irlandais mais pour tous ceux qui sont attachés à ce pays, sa culture, sa personnalité. La leçon ne saurait d’ailleurs se limiter à 1916, à la Guerre d’indépendance ou à la Guerre civile, mais doit, par exemple, s’inspirer de ce qui a permis aux accords du Vendredi-Saint d’être signés en 1998. Dans cette perspective, les échecs doivent bien entendu être également envisagés en toute sincérité et utilement médités. Mais ils rendent encore plus convaincante la ténacité manifestée par l’Irlande depuis un siècle et même plus.

Enseignant, promoteur des relations interceltiques, Alain Monnier est un grand familier de l’Irlande et passionné par la culture et l’histoire. L’ouvrage est disponible au prix de 6 € auprès de l‘Institut Culturel de Bretagne, Ti ar Vro, 3 rue de la Loi, 56000 Vannes.

Propos recueillis par Jacques-Yves Le Touze.

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29 et 30 octobre, à Carhaix: l’Irlande invitée d’honneur du Festival du Livre en Bretagne

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Le festival du livre en Bretagne est devenu au fil des années un rendez-vous incontournable pour celles et ceux qui aiment les livres en Bretagne. C’est une visite qui s’impose pour les professionnels : libraires, bibliothécaires, universitaires…

L’évènement est unique en Bretagne. Il permet le temps d’un week-end de rassembler quasiment l’ensemble des maisons d’édition de la région, qu’elles éditent en langue française ou en breton. Beaucoup d’éditeurs calent des lancements de livre sur la date du festival du livre de Carhaix. C’est un gage de succès, une référence, parce que beaucoup de leaders du domaine culturel y viennent. C’est aussi un lieu de rencontres et d’échanges entre les professionnels du livre, les auteurs, les lecteurs…

Chaque année, près de 300 auteurs, des plus connus aux anonymes, sont présents sur les différents stands. Toutes les disciplines sont représentées (littérature, poésie, histoire, linguistique…) dans nos deux langues, le breton et le français.

C’est la plus grande librairie de Bretagne pendant deux jours et son succès populaire avec des milliers de visiteurs s’inscrit dans la durée puisqu’il approche tranquillement de sa trentième édition…

1916-2016 : les influences irlandaises

George Bernard Shaw, William Butler Yeats, Samuel Beckett et Seamus Heaney… L’Irlande compte à ce jour quatre prix Nobel de littérature! Comment un petit pays de 4,5 millions d’habitants – sensiblement la même population que la Bretagne historique aujourd’hui – a-t-il fait pour inspirer si fortement ses écrivains et leur donner une stature mondiale ? Un mystère ?

Il serait hasardeux et sans doute prétentieux de tenter d’apporter ici une explication à la richesse de cette littéraire irlandaise étonnamment prolifique. D’autres le feront probablement mieux que nous. Mais il n’est pas inutile de chercher à saisir les influences irlandaises sur une Bretagne du livre dont un seul prix Nobel de littérature, Jean-Marie Le Clézio, revendique des racines bretonnes. Les liens entre la Bretagne et l’Irlande sont multiples et séculaires dans de nombreux domaines qu’ils soient culturels, linguistiques, musicaux, artistiques, économiques, politiques… Citons par exemple le Festival Interceltique de Lorient ou les 120 communes bretonnes jumelées avec l’Irlande ou bien encore l’aventure des Comptoirs Irlandais, la Brittany Ferries… L’Irlande et sa lutte pour l’indépendance ont fasciné des générations de militants politiques bretons et ce pays fut un temps considéré comme un eldorado politique avec ses héros comme James Connoly, Padraig Pearse, Michael Collins, Eamonn de Valera…

Dès 1901, des militants Bretons se déplacent en Irlande pour nouer des contacts avec les irlandais les plus conscientisés parmi eux le carhaisien Taldir Jaffrenoù(1) Ces liens ont longtemps perduré.

Bref, la place de l’Irlande est importante en Bretagne dans la réalité comme dans l’imaginaire. Le centenaire de Pâques 1916 a été l’occasion de manifestations de grande ampleur en Irlande dans tous les domaines (histoire, culture, musique, éducation, rénovation de sites, etc..) et à travers le monde, notamment aux USA, au Canada, en Grande-Bretagne, en Australie… et en Bretagne. Toutes les ambassades d’Irlande à travers le monde proposeront des activités autour de ce centenaire. Il aurait été inconcevable que le Festival du livre en Bretagne de Carhaix ne profite pas de cet événement historique pour mieux cerner les influences irlandaises qui nourrissent nos réalités ou notre imaginaire breton.

Aziliz Gouez : présidente d’honneur du festival

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Aziliz Gouez est la rédactrice en chef des discours (chief speechwriter) du Président de la République d’Irlande, Michael D. Higgins. Elle a, en cette capacité, joué un rôle prépondérant dans les grands jalons de la Présidence de Higgins, notamment sa visite historique à la Grande Bretagne (la première visite d’un chef d’Etat irlandais à l’ancienne puissance coloniale depuis l’indépendance de l’Irlande), et les commémorations en cours du centenaire de l’insurrection de Pâques 1916, considérée comme l’événement politique fondateur de l’Irlande moderne.

Avant de s’établir à Dublin avec son compagnon, irlandais, et leurs deux enfants, Onenn et Séamus, Aziliz Gouez a vécu, étudié et travaillé en Angleterre, en Bosnie-Herzégovine, aux Etats-Unis, en Israel, et à Paris, où elle a exercé pendant 5 ans les fonctions de directrice des recherches pour l’Institut Jacques Delors. Ce dernier – Jacques Delors – est, aux côtés du philosophe Pierre Hassner, l’une des figures qui ont marqué sa formation intellectuelle et son engagement européen.

Aziliz Gouez est diplômée de Sciences Po Paris et a ensuite étudié l’anthropologie à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales et à l’Université de Cambridge. Âgée de 36 ans et ayant grandi dans une petite ferme du Pays de Redon, elle nourrit un profond intérêt pour la Bretagne, son développement économique et agricole, et les expérimentations sociales et solidaires qui y fleurissent.

Des auteurs et éditeurs irlandais, invités du festival

Ciarán Collins

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Ciarán Collins est un auteur irlandais né à Cork en 1977. Il a grandi dans le village de Innishannon (Co. Cork).

Il a étudié l’anglais et l’irlandais à l’Université de Cork et a suivi sa maîtrise en 2001 autour du théâtre moderne et plus particulièrement sur les textes de Tom Murphy, Brian Friel, Eugene O’Neill, Arthur Miller, David Mamet et Marsha Norman.

En 2003, il débute sa carrière en tant que professeur d’école secondaire d’anglais et d’irlandais dans le sud de Dublin et en 2009, il retourne dans le comté de Cork pour prendre un poste à Bandon. Il vit actuellement à Kinsale avec sa femme et sa fille.

« The Gamal » est son premier roman et est publié chez Bloomsbury Circus. Auparavant il a publié quelques pièces de théâtre et des histoires courtes. Il travaille actuellement sur un deuxième roman, une autre pièce et un scénario…

Ciarán Collins a été récompensé en 2013 du Newcomer of the Year par le « Irish Book Awards » et a remporté le prix Rooney de littérature irlandaise.

Tadhg Mac Dhonnagáin

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Tadhg Mac Dhonnagáin est une personnalité de la télévision irlandaise, présentateur de programmes pour enfants sur la RTÉ (télévision irlandaise). Il est aussi guitariste et chanteur.
Réinstallé dans le Connemara dans la ville d’An Spidéal, il est scénariste de séries télévisées et de comédies, éditeur de musique et spécialisé dans les outils de promotion de la langue gaélique pour la jeunesse.
Il a collaboré en 2013 comme consultant et éditeur de scripts pour le long métrage breton « Lann Vraz » (Production Kalanna).

Éamon Ó Ciosáin

Eamon-O'Ciosain---NUI-Maynooth

Éamon Ó Ciosáin est maître de conférences à l’Université Nationale d’Irlande, Maynooth, où il enseigne le français et le breton. Il est l’auteur de nombreux articles sur la migration irlandaise en France à l’époque moderne et collabore aux volumes des Immigrés irlandais au XVIIe siècle en Bretagne. Il a également publié des traductions de poésie gaélique irlandaise contemporaine en français (un recueil en format bilingue en 1984), en breton (Skrid, 1983) et fut co-auteur d’un dictionnaire irlandais-breton (1987).

Un colloque « Bretagne-Irlande 1916-2016 : chemins croisés »

Organisé le vendredi 28 et le samedi 29 octobre par le C.R.B.C. de l’Université de Rennes 2 et en partenariat avec le Comité Irlande 2016. Nous y reviendrons très prochainement.

Une exposition : « 1916: portraits and lives »
En partenariat avec l’organisme Litterature Ireland à Dublin
Extraits du livre « 1916: portraits and lives » (Ed. Royal Irish Academy)
Ce livre présente 42 hommes et femmes qui, d’une manière ou d’une autre, ont été profondément impliqués dans le soulèvement de Pâques 1916.
Les biographies choisies composent un tableau général du soulèvement, représentant le spectre des personnalités qui ont participé à l’événement. Ils comprennent non seulement les insurgés (et quelques autres) tués au cours du soulèvement, mais aussi quelques-unes des femmes qui ont été impliquées en tant que soldats ou en appui.

Et tout au long du week-end…
Remise du prix du roman de la ville de Carhaix
Remise du priz danevelloù ti-kêr Karaez (Nouvelle en Breton)
Remise du prix Xavier de Langlais (OEuvre en Breton)
Korn ar vugale / Espace jeunesse
25 ans de la revue Spered Gouez, éditée par le festival
Théâtre, cinéma, sessions musicales

 

(1) Taldir-Jaffrennou e Dulenn er bloavezh 1901 !
Taldir-Jaffrennou, eus Karaez, a oe e touesk ar re gantañ eus an Emsav o liammañ darempredoù gant tud Bro-Iwerzhon. Kontañ a ra e veaj kentañ d’an enezenn en e levr eñvorennoù « Ur wech e oa… Ur c’hrennard, un deskard, ur soudard », embannet gant Hor Yezh. Setu un tañva eus e skrid :
« An amzer a oa tomm ha sioul, an treizh a badas peder eurvezh, diloc’het da c’hwec’h eur, al lestr a stokas ouzh kae Kingstown, porzh Dublin, da zek eur, d’al lun 1añ a viz Eost 1901. (…) Dirak al lestr ouzh hor gortoz e oa Edmond Fournier d’Albe gant div wetur, unan evidomp hag eben evit hor pakadoù. (…) Ar Berr a voe kaset da lojañ da di an aotroù hag an itron Duncan, izili eus ar C’homite Reizhañ, ha me a yeas da heul Fournier d’Albe (…).
A Vreizh, e oa deuet F. Vallée (Abherve), a oa lojet e ti un intañvez, an itron Clarke ; Alfred Lajat hag e wreg yaouank ; Yann ar Fusteg, drouiz-meur hor gorsedd nevez c’hanet ; AbAlor ha me. A Vro-Gembre e oa deuet war-dro hanter-kant barzh ha barzhez, renet gant an arc’hdrouiz (…). A Vro-Skos e oa kement all a « Highlanders », hiniennoù anezho gant biniawoù-bras a reer « bag pipes » anezho (…). A Vanav (enezenn e-kreiz Mor Eire) hag a Gernez-Veur e oa kannaded ivez. Bez’ e oa unan bennak eus Stadoù-Unanet Amerika. Bez’ e oa daou Alaman : Heinrich Zimmer ha Kuno Meyer, kelennerien yezhoù keltiek e Greiszwald, Berlin. Bez’ e oa ur Poloniad, Alfoñs Parczemski, eus Kalisz.(…).

D’ar Sul 25 a viz Eost, e oa derc’hent an deiz dimp da gemer al lestr da vont kuit, Fournier d’Albe am dihunas abred :
« Taldir kaezh », emezañ, « ur c’helou mat. Lord Castletown a fell dezhañ e teufec’h d’e welout er Gaeltacht. »
« Ar Gaeltacht, emezon-me, petra eo ? »
Gouzout a rit, ar gaeltacht a zo da Iwerzhon ar pezh a zo Breizh izel deoc’h-c’hwi : al lodenn a gomzer c’hoazh gouezeleg enni. (…)
Lord Castledown of Ossory, aotrou Doneraile, e kontelezh Cork, hon ostiz, a oa ur gwaz a c’hwec’h troadad ment, gant ur penn hir : ret e veze dezhañ stouiñ e chouk a-benn komz gant an dud mentet krenn. (…) A l Lord a red en e wazied gwad rouanez kozh Eirinn, kemmesket gant gwad skandek. E Dublin, ar gêrbenn, en doa en em dommet ouzh an Emsav broadel, hag ouzh labourioù Standish O’Grady a-du gant ar yezh en argoll. Harpet en doa Conradh na Gaedhilge ha Kevredigezh Keltia gant e arc’hant, rak pinvidik-mor e oa. (…)
Lord Casteldown hon dastumas an nozvezh kent ar c’himiad en e vurev, hag a zisklerias e ber komzoù da gannaded Iwerzhon, Skos, Kembre ha Breizh, ar roll-labour a felle dezhañ merkañ d’ar Celtic Assocoation. Setu amañ an diverrañ eus ar gourc’hemennoù a roas dimp :
« Krouet em eus, emezañ, ar gelc’hgelaouenn Celtia, bep miz, da vezañ an ere etre Kelted ar bed-holl. An renadurezh anezhi a fizian en Edmond Fournier d’Albe. Ma eiler a vezo ar c’hont Joseph Plunkett. (Mab youank ar c’hont Plunkett, soudard en arme dieub iwerzhonat amzer pask 1916, a voe prizonier ha fuzuilhet gant ar saozon.) Ur strollad a ranko bezañ savet e pep hini eus ar c’hwec’h bro geltiek, gant ur sekretour karget da gas keleier da Celtia. Ar strollad a zastumo arc’hant hag a vodo izili nevez. E Dublin e vezo azezenn ha kef an Impalaerez Hollgeltiek. Ar C’huzul-meur a bledo eus kevredad labourioù an holl. Bez’ e vezo ennañ eizh ezel, tri Gouezelad, ur Skosad, ur C’hembread, ur Manavad, ur C’hernevad hag ur Breizhad. Dont a raint da chom e Dublin ha gopret e vezint gant kef an Emsav Hollgeltiek. (Kannad Breizh en Iwerzhon a zo bet e-pad daou vloaz (1905-1907) ar barzh ar Berr-AbAlor, en doa bet ur garg a gelenner galleg e Dublin.)
Pal ar C’huzul-Meur a vezo labourat da c’hounit da gentañ digant Londrez, frankiz emrenerezh evit Iwerzhon, Skos, Manav ha Kernev. Gwaskañ ‘raio war Bariz da gaout kemend-all evit Breizh. (…). »

L’Irlande d’Alexis de Tocqueville.

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En cette année du centenaire du soulèvement irlandais de 1916, il peut être intéressant de revenir sur un petit livre édité en 2010 par Magellan et Cie.

L’ayant découvert lors du dernier Festival interceltique de Lorient, j’ai été surpris par sa lecture et l’éclairage apporté par les notes prises par Tocqueville sur la situation d’alors en Irlande.

En 1835, Alexis de Tocqueville publiait « Voyages en Angleterre et en Irlande »; l’ouvrage publié par Magellan & Cie en reprend la partie consacrée à l’Irlande.

Tout au long de son voyage à travers l’Irlande, Tocqueville croise de multiples personnages, paysans, artisans mais aussi notables, aristocrates, évêques, protestants et catholiques. C’est une véritable enquête sociale et politique que mène Alexis de Tocqueville et qu’il retranscrit sous forme de notes, de questions/réponses, d’analyses.

Ce qui frappe à la lecture de ces 140 pages, c’est l’état de violence rentrée dans laquelle est enfermée la société irlandaise et devant ces tensions qui deviennent de plus en plus insupportables, l’on ne comprend que mieux le déroulé des  évènements qui vont suivre et aboutir au soulèvement de Pâques 1916.

Alexis de Tocqueville, dès 1835, met le doigt sur les fractures irrécupérables de la société irlandaise, l’ambiguïté et l’immobilisme de l’establishment anglo-irlandais sans oublier le profond mépris des responsables locaux anglais pour le peuple irlandais.

Pour tous ceux qui sont intéressés par l’histoire de l’Irlande, ce petit ouvrage est précieux et nous plonge directement dans la société irlandaise de l’époque. Tout à fait étonnant.

Irlande.
Heureux qui comme…. Alexis de Tocqueville
Éditions Magellan & Cie, 6 € .

Jacques-Yves Le Touze

Interceltique 2016: une soirée remarquable consacrée au soulèvement irlandais.

Bien que dédié cette année à l’Australie, le Festival interceltique a tenu à consacrer le 11 août dernier au Grand Théâtre de Lorient une soirée au soulèvement irlandais de Pâques 1916.

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La troupe de « 1916, visionnaires et leurs paroles »

Comme nous l’indiquait le directeur du FIL, Lisardo Lombardia, il était inconcevable que l’interceltique passe à côté de cet évènement majeur dans l’histoire contemporaine des pays celtiques.

En une sorte d’introduction à cette soirée, l’Institut Culturel de Bretagne proposait dans l’après-midi une conférence sur le thème de Pâques 1916 par Alain Monnier. Devant près de 120 auditeurs, ce spécialiste de l’Irlande a permis de mieux comprendre les origines et les raisons de ce soulèvement. L’ICB en a d’ailleurs fait une plaquette dont nous reparlerons plus tard.

La soirée « 1916, les visionnaires et leurs paroles » programmée et choisie volontairement par le FIL pour mettre en exergue le centenaire de 1916 était quand même un pari osé de la part des organisateurs et le Comité Irlande 2016 en a fait l’évènement de l’été  en ce qui concerne la programmation 1916-2016 en Bretagne. Ce pari fut gagné car près de 700 spectateurs ont finalement assisté à cette soirée mémorable.

Alternant la lecture de textes écrits par les principaux acteurs du soulèvement par l’excellente actrice Elaine O’Dea, l’interprétation parfaite par Lorcán Mac Mathúna et Íde Nic Mhathúna de chants et de musiques composés par ces mêmes personnalités, sur fond d’images d’archives de l’Irlande des années 1910-1916, ce spectacle a conquis les personnes présentes. L’accompagnement musical de grande qualité comprenait Martin Tourish à l’accordéon,  Daire Fougère au violon, de Eamonn Galdubh au uillean pipes.

Les textes très prenants choisis illustraient les réflexions, les passions, les doutes , les motivations des héros de 1916. L’un de ces textes fut vivement applaudi par l’audience car il résonnait sans doute avec force avec la situation en Bretagne: une déclaration de Patrick Pearse dénonçant la situation de l’enseignement en Irlande qui déniait toute place à la langue et à la culture irlandaises…..

Remarquable, il n’y a pas d’autre terme, pour qualifier cette soirée exceptionnelle que les spectateurs eurent beaucoup de mal à quitter, enchaînant les bis jusqu’à épuisement de Lorcan Mac Mathuna qui déserta la scène pour  le hall du Grand Théâtre où il fut véritablement assailli par tous ceux qui voulurent se procurer le CD du spectacle.

Une grande réussite qui toucha au coeur les participants.

Merci à Lisardo et à l’Interceltique d’avoir permis la venue en Bretagne d’une telle performance.

PS: on peut se demander pourquoi il n’y a  que  peu de spectacles de ce style produits en Bretagne …….