Archives du mot-clé Pâques 1916

28,29 et 30 octobre, l’Irlande a rendez-vous avec la Bretagne à Carhaix.

carhaixirlande

Les 28, 29 et 30 octobre, l’Irlande sera à l’honneur à Carhaix dans le cadre du festival du Livre en Bretagne. En voici le programme:

Vendredi 28 octobre

A la pépinière d’entreprises (à côté de la salle Glenmor)
14:30
1916-2016. Du schème nationaliste au post nationalisme, quel exemple irlandais pour la Bretagne ? Par Yann Bévant (Rennes 2)
15:00
Du Tregor à Dublin, le parcours militant de Louis-Napoléon Le Roux. Par Alan Le Cloarec (Rennes 2)
16:00
De l’interceltisme à la fascination politique – l’Irlande dans le discours breton au XXe siècle. Par Eamon Ó Ciosain (NUI Maynooth)
17:00
Commémorer l’Insurrection de Pâques 1916. Par Aziliz Gouez (rédactrice des discours du président de la République d’Irlande : Michael D. Higgins)

Samedi 29 octobre

A la pépinière d’entreprises (à côté de la salle Glenmor)
09:00
The Institution of Regional/National Sports at the Turn of the Century in Ireland and Brittany. Cultural significance and Symbolic Impact.  Par Tangi Phillipe (UBO)

09:30
L’Irlande, une fascination pour les mouvements bretons du XIXe siècle à nos jours.
Par Erwan Chartier (Rennes 2)

10:00
La Saint Patrick et les Bretons.  Par Yves Defrance (Rennes 2)

Au centre des Congrès Glenmor

11:15 Hall Bernard Le Nail
Chant  » Ar Vorenn Gliz «  ( » The Foggy Dew «  version bretonne)
par le chœur féminin Kan Awen

11:30 Hall Bernard Le Nail (centre des Congrès)
Inauguration du 27e festival du livre en Bretagne
par Aziliz Gouez (rédactrice des discours du président de la République d’Irlande : Michael D. Higgins) en présence de l’Ambassadrice d’Irlande.

Suivie des hymnes nationaux irlandais et breton.

12:30 Hall du Glenmor
Session irlandaise
par Konogan An Habask (uilleann-pipes) et Tangi Le Gall-Carré (accordéon diatonique)

13:00 Hall du Glenmor
Direct : France Bleu Breizh Izel – Emission Breizh O Pluriel
Animée par Erell Beloni et Michel Pagès
14:00 Pépinière d’entreprises
Discussion générale, tour de table et conclusions du colloque
Modérateur : Yves Deance

14:00 Espace jeunesse (Le klub)
Spectacle de chansons pour enfants en irlandais et en breton
avec Tad Dhonnagain

15:00 Espace jeunesse (Le klub)
Table ronde sur le théâtre en breton traduit de l’irlandais
Avec des comédiens et des traducteurs Débat mené par Laetitia Fitamant (Radio Kerne)

16:15 Cinéma (Le Grand Bleu)
Film irlandais : La fille de Ryan
De David Lean avec Robert Mitchum et Trevor Howard [payant] Cinéma Le Grand Bleu

16:15 Espace jeunesse (Le klub)
 » Luduennig « , théâtre en breton
avec Strollad Kallag

17:00 Hall Bernard Le Nail (centre des Congrès)
Remise des prix
Langleiz, (prix Xavier de Langlais) pour une œuvre en langue bretonne et remis par Kuzul ar Brezhoneg Priz Danevelloù ti-kêr Karaez Prix de la nouvelle en langue bretonne de la ville de Carhaix Prix du roman de la ville de Carhaix

17:15 Espace jeunesse (Le klub)
Jean Kergrist,  » 78,9 ou les mémoires d’un âne « 

Dimanche 30 octobre
10:15 Cinéma (Le Grand Bleu)
Film irlandais : Brooklyn
De John Crowley et Paul Tsan avec Saoirse Ronan et Domhall Gleeson [payant]

10:30 Hall Bernard Le Nail (centre des Congrès)
Café littéraire avec Ciarán Collins auteur du roman  » Charlie le simple «  (Editions Gallimard) traduction de l’œuvre originale  » The Gamal «  (Bloomsbury Publishing)
Animé par Blaithin Allain

10:30 Église Saint-Trémeur
Messe en breton à la mémoire de Nolwenn Louarn

11:30 Hall Bernard Le Nail (Espace Glenmor, centre des Congrès)
25 ans de la revue Spered Gouez
Interventions et lectures de Marie-Josée Christien, Gérard Cléry, Guy Allix, Eve Lerner et Louis Bertholom.

11:00 Espace jeunesse (Le klub)
Remise des prix Memoires du Kreiz Breizh

13:00 Hall du Glenmor
Direct : Emission Radio Kreiz Breizh
Animée par Kristian Rivoalen et Yann-Ber Gwiader

14:00 Espace jeunesse (Le klub)
Atelier arts plastiques

14:30 Cinéma (Le Grand Bleu)
Présentation du site bilingue  » Lenn « 
Par Livre et lecture en Bretagne

15:00 Espace jeunesse (Le klub)
Lectures d’extraits de théâtre traduits en irlandais
par des comédiens de la fédération C’hoariva.

15:30 Cinéma (Le Grand Bleu)
Diviz e brezhoneg : An treiñ lennegel e brezhoneg. Stad an traoù hag hentoù evit mont war-raok
Perzhidi : Mich Beyer (skrivagnerez ha troourez), Kristian Braz (skrivagner ha troour), Riwanon Kervella (Kuzul ar Brezhoneg), Serj Richard (troour), Tadhg Mac Dhonnagáin (kinniger abadennoù evit ar vugale en iwerzhoneg ha saver senariooù) Habaskaer : Olier ar Mogn

15:30 Espace jeunesse (Le klub)
 » Tok ‘n Emil «  : spectacle de conte en breton pour enfant
par Awen Plougoulm

17:00 Espace jeunesse (Le klub)
 » Elle est pas belle, la vie ? « , théâtre en français, en breton et en allemand
avec la troupe Fubudenn

17:00 Hall du Glenmor
Session musicale
par Arnaud Ciapolino (flûte traversière) et Nicolas Quéméner (guitare)

18:00 Espace jeunesse (Le klub)
Lancement du concours de haikus de Taol Kurun 2017
Avec la lecture de haikus en français, en gallo et en breton sur le thème retenu cette année : An hent (le chemin). Avec Naig Kervella-Latimier, et Mai Ewen.

Publicités

Festival du livre en Bretagne. « Pâques 1916 a eu un impact évident »

Ouest-France, 25 octobre 2016

img_3783-1

Jacques-Yves Le Touze, coordonnateur du Comité Irlande 2016. Photo Ouest-France.

À l’honneur ce week-end au Festival du livre en Bretagne, l’Irlande célèbre les 100 ans de son insurrection contre la Grande-Bretagne.

Trois questions à Jacques-Yves Le Touze, coordinateur du comité Irlande 2016

Quels échos ont eu les événements de Pâques 1916 en Bretagne ?

Durant tout le XIXe siècle, il existait un mouvement culturel – notamment avec le Congrès celtique – qui a participé à la renaissance celtique. Il comprenait aussi l’Écosse et le Pays de Galles, mais les liens étaient peut-être plus étroits entre la Bretagne et l’Irlande, toutes deux ayant le catholicisme en commun.

Un premier parti national breton est même créé au début du XXe siècle. Mais la Première Guerre mondiale agit comme une césure. Quand l’insurrection irlandaise a lieu, les Bretons y voient d’abord l’action d’une petite bande de traîtres vis-à-vis de l’allié britannique. Il est d’ailleurs avéré que l’Allemagne leur avait fourni des armes.

Après la guerre, comment le regard des Bretons évolue-t-il ?

Pâques 1916, qui était militairement un échec, est un succès politique qui a eu un impact très fort sur le mouvement breton. En obtenant son indépendance, l’Irlande, sans chercher à jouer ce rôle, devient un exemple. Ce qui ressemblait à un certain régionalisme bourgeois fait place à de nouveaux militants politiquement plus radicaux.

Mais l’Irlande inspire aussi un renouveau linguistique et artistique, notamment musical à partir des années 1950. Des événements comme le Festival de Lorient ont agi comme une vitrine pour la scène irlandaise. Ce pays, parfois mythifié, devient un lieu de pèlerinage obligatoire pour des générations de militants.

Il ne faut pas non plus oublier les mauvais côtés de cette influence, notamment quand certains ont essayé de reproduire Pâques 1916 pendant la Seconde Guerre mondiale : le contexte avait changé et les Allemands n’étaient pas les mêmes.

Et aujourd’hui ?

L’intérêt des Bretons pour l’Irlande s’est normalisé depuis une quinzaine d’années. Les facilités de voyage ont sans doute participé à sa démythification. Actuellement, l’influence politique serait davantage écossaise. Mais l’Irlande conserve un capital sympathie évident en Bretagne. Il y a toujours énormément de liens dans des secteurs très différents. Par exemple, avec la création de clubs de football gaélique, des échanges entre universités, les quelque 120 jumelages entre communes, etc. Si vous interrogez dans la rue un Breton sur Pâques 1916, il est peu probable que ça lui parle. Pourtant, sans ces événements, la Bretagne en tant que telle ne serait aujourd’hui pas la même.

Vendredi 28 et samedi 29 octobre, colloque organisé par Le CRBC-Rennes 2 dans le cadre du Festival du livre de Carhaix « Les influences irlandaises : 1916 – 2016 » à l’occasion du centenaire du soulèvement de Pâques 1916. Ouvert à tout public. Renseignements sur le site du festival.

Maxime Lavenant

Ouest-France

La biographie de Patrick Pearse par L.N. Le Roux rééditée et complétée.

pearse1916

Dans le cadre du centenaire du soulèvement irlandais de Pâques 1916, l’Institut Culturel de Bretagne vient de rééditer la biographie de Patrick Pearse écrite par Louis N. Le Roux augmentée de textes explicatifs d’Alan Le Cloarec, Jacques-Yves Le Touze et Erwan Chartier.

Comme indiqué dans des articles précédents ( voir ici ) , ce livre paru en français en 1932 a été pendant des décennies une référence concernant l’histoire de Patrick Pearse et du mouvement nationaliste irlandais .

Cet ouvrage et son auteur sont aussi des témoignages importants de l’influence que les évènements irlandais ont eu sur la Bretagne entre les deux-guerres et jusqu’à nos jours.

Ce livre est disponible en librairie ( Diffusion Coop Breizh) et auprès de l’Institut Culturel de Bretagne (Ti ar Vro, 3 rue de la Loi, 56000 Vannes). Et aussi sur le stand de l’Institut durant le Festival du Livre en Bretagne à Carhaix, les 29 et 30 octobre prochains.

 

La vie de Patrice Pearse et l’insurrection irlandaise de Pâques 1916, par Louis N. Le Roux, Editions de l’Institut Culturel de Bretagne, 340 pages, 15 € . Textes complémentaires d’Alan Le Cloarec, jacques-Yves Le Touze et Erwan Chartier.

Festival du livre en Bretagne: l’ambassadrice d’Irlande à Carhaix.

Ouest-France, 17 octobre 2016

Geraldine Byrne Nason lors de sa venue à La Vallée des Saints l'été dernier. Photo Philippe Argouarc'h, ABP.

Geraldine Byrne Nason lors de sa venue à La Vallée des Saints l’été dernier.

Geraldine Byrne Nason, ambassadrice d’Irlande en France se rendra à Carhaix le 29 octobre, pour l’inauguration du festival du livre en Bretagne.

Geraldine Byrne Nason, L’ambassadrice d’Irlande en France se rendra au festival du livre en Bretagne, à Carhaix. Elle sera présente pour l’inauguration de la 27e édition, le samedi 29 octobre.
Délégation irlandaise

Elle viendra renforcer une délégation irlandaise déjà importante. La présidente d’honneur du festival est cette année Aziliz Gouez, rédactrice en chef des discours du président de la République d’Irlande.

Al Liamm: un niverenn ispisial diwar-benn 1916 e Bro Iwerzhon

1916…2016 , un niverenn ispisial embannet gant Al Liamm diwar-benn Iwerzhon  hag Emsavadeg Pask 1916.

irlandealliamm

Barzhonegoù, un danevell gant Patrick Pearse, kejadennoù e Dulenn gant Herve ar Beg, studiadennoù gant Stefan Moal, Jean-Jacques Monnier, Erwan Chartier, Jean-Pierre Le Mat

Al Liamm: www.alliamm.bzh

28 et 29 octobre à Carhaix, Colloque « Irlande – Bretagne, 1916-2016, chemins croisés »

IrlandeColloque


Colloque organisé par Le CRBC-Rennes 2 dans le cadre du festival du livre de Carhaix “Les influences irlandaises : 1916 – 2016” à l’occasion du centenaire du soulèvement de Pâques 1916.

Ouvert à tout public.

« Irlande Bretagne 1916>2016: Chemins croisés

Aoine/ Gwener/ Friday/ Vendredi 28 octobre 2016

Economic and Historical aspects

Chair : Gwendal Denis

14:30 – Yann Bévant (Rennes 2): « 1916-2016. Du schème nationaliste au post nationalisme, quel exemple irlandais pour la Bretagne ? »

15:00- Alan Le Cloarec (Rennes 2): « Du Trégor à Dublin, le parcours militant de Louis-Napoléon Le Roux »

16:00- Éamon Ó Ciosáin (NUI Maynooth): « De l’interceltisme à la fascination politique – l’Irlande dans le discours breton au XXe siècle. »

16:45 – Coffee Break/ pause café

Plenary Speaker

17:00 – Aziliz Gouez (Head of speech writing to President Michael D. Higgins) : « Commémorer l’Insurrection de Pâques 1916 »

Satham/Sadorn/Saturday/Samedi 29 octobre 2016

Cultural and Artistic Interactions

Chair :  Yann Bévant

9:00 – Tangi Philippe (UBO) : “The Institution of Regional/National Sports at the Turn of the Century in Ireland and Brittany. Cultural significance and Symbolic Impact

9:30 – Erwan Chartier (Rennes2): « L’Irlande, une fascination pour les mouvements bretons du XIXe siècle à nos jours »

10:00 – Yves Defrance (Rennes2) : « La Saint Patrick et les Bretons »

14:00 – General discussion and round table

Chair: Yves Defrance


Lieu: Espace Glenmor – Centre des Congrès, Carhaix

1916, une date incontournable de l’histoire irlandaise et mondiale: rencontre avec Alain Monnier

Cent ans après, quel intérêt y a-t-il à célébrer le soulèvement irlandais de Pâques 1916 ? Alors que certains limitent aujourd’hui cet événement à un épisode sanglant de moindre importance, quelle valeur revêt-il pour l’histoire de l’Irlande et au-delà ? Rencontre avec l’auteur Alain Monnier.couv-monnier-irlande-final-_001

– Vous venez de publier un petit ouvrage présentant les événements de Pâques 1916 en Irlande. Que représente pour vous cette période de l’histoire irlandaise ?

Lorsque je suis allé pour la première fois dans le sud de l’Irlande, en 1968, le pays était encore marqué par les célébrations du Cinquantenaire de Pâques 1916. Peu de temps après, la situation dans les Six Comtés du Nord revenait de façon dramatique sur le devant de la scène, démontrant que ce qui s’était déroulé un demi-siècle auparavant n’avait rien perdu de sa dramatique actualité. Cette année, les célébrations du Centenaire de Pâques 1916 représentent une capitalisation de ce qui a été vécu auparavant par de très nombreuses générations, et ce qui s’est passé depuis. Il ne faut pas se cacher non plus qu’aujourd’hui, certaines voix discordantes se font entendre, bénéficiant d’un écho sans doute exagéré, pour vouloir éliminer le passé, en le noyant dans une somme d’événements annexes ou le réécrire de façon biaisée : certains médias, certaines personnalités mais aussi des historiens qualifiés de révisionnistes sont allés jusqu’à remettre en cause le bien-fondé de ces célébrations. Il est par conséquent essentiel de veiller à ce que ce devoir de mémoire soit accompli.

Lorsque l’Institut Culturel de Bretagne m’a proposé d’assurer une communication sur ce sujet, j’ai donc été honoré et enchanté de contribuer pour ma modeste part à cette célébration. C’est cette présentation de mars 2016 qui a servi de base à l’actuelle publication de l’ICB comme à la communication proposée lors du Festival Interceltique de Lorient, le jour même de l’inoubliable concert « Visionaries and their words ».

– Au-delà de l’Irlande, ce soulèvement a eu des répercussions dans l’ensemble de l’Empire britannique : pensez-vous que Pâques 1916 est une sorte de symbole pour l’ensemble des mouvements de libération nationale à travers le monde ?

Oui, tout à fait. Si j’ai évoqué la singularité de 1916 qui mérite de ne pas être submergée dans un déluge d’événements contemporains, comme la Première Guerre mondiale, l’interaction entre ce qui s’est déroulé à Dublin et le contexte ne doit pas être réduite ni sous-estimée. Certains leaders de l’Insurrection incarnaient le lien entre cette génération et les précédentes, d’autres concrétisaient la relation étroite entre le sort de l’Irlande et celui d’autres peuples opprimés. Ainsi, en amont même de la Semaine de Pâques, Roger Casement voyait-il son engagement pour l’Irlande s’inscrire dans le droit fil des combats humanitaires qu’il avait menés auprès des populations autochtones du Congo et de l’Amazonie.

Après la Semaine de Pâques, lors de la répression, mais également pendant les années de guerre d’indépendance (1919-1921) comme au moment des débats de l’assemblée pour savoir s’il fallait ou non ratifier le Traité, les Irlandais savaient que beaucoup de regards étaient tournés vers eux.

Le constat général en 1918 est que, du côté des vaincus du premier conflit mondial, des empires se sont effondrés et que, si la victoire permet à d’autres de limiter les dégâts, ils ont été sérieusement ébranlés ; leur fondement même est mis à mal par les propos tenus au lendemain de l’armistice, notamment au cours des discussions qui s’ouvrent dans le cadre de la Conférence de Paris. De l’Egypte à la Chine et à la Corée, en passant par l’Inde et la Russie, on aspire à une ère nouvelle ; les Républicains irlandais entendent que leur lutte s’inscrive dans cette perspective… Les manœuvres britanniques les conduiront finalement à jouer un rôle quasi-nul dans le cours des discussions officielles. Mais ceux qui, au Moyen-Orient ou en Asie, ont vu dans le Soulèvement de Pâques un espoir, vont suivre avec le plus grand intérêt le résultat des élections de 1918 qui consacre par la voix populaire les principes de la Proclamation de 1916 et la Guerre d’indépendance que l’Irlande va devoir mener pour faire respecter ces choix. Des soulèvements auront lieu, en Inde notamment, qui feront expressément référence à l’exemple irlandais. Mais l’influence de la Révolution irlandaise ne se limite pas à l’empire britannique, puisqu’elle s’étend notamment à Marcus Garvey, l’un des premiers leaders de la cause des Noirs aux États-Unis et au-delà. Lénine, pour sa part, confiait qu’il était dommage que les Irlandais se soient soulevés si tôt, avant un embrasement plus général.

Alan Monnier

Alain Monnier.

– D’après vous que signifient 1916 et les événements qui ont suivi pour l’Irlande d’aujourd’hui ?

Les réactions, je l’ai dit, peuvent être très contrastées aujourd’hui. Sans doute parce que les gens ne distinguent pas la Semaine de Pâques des autres épreuves qui l’ont suivie, notamment la Guerre civile en 1922 et 1923 et les événements qui ont ensanglanté les Six Comtés d’Irlande du Nord entre 1968 et 1998-2000. Des compromis ont été jugés nécessaires par certains, dénoncés par d’autres. Mais le Président O’Higgins a eu plusieurs fois l’occasion de redire combien 1916 était une date fondatrice incontournable et que c’était un non-sens – et même une honte – que de prétendre la dénigrer ou en minorer l’importance sous prétexte de ne pas souhaiter se souvenir d’événements ultérieurs ou de ne pas vouloir entrer dans une logique de justification de la violence.

L’histoire de ces cent dernières années est une histoire, certes douloureuse, faite de balbutiements, d’atermoiements, d’avancées et de reculs, dans un contexte mondial complexe. On ne bâtit pas un projet d’indépendance du jour au lendemain ni aisément lorsqu’il s’agit de rompre avec une politique menée pendant huit siècles par l’un des empires les plus puissants du globe. C’est d’ailleurs cette difficile question que l’ICB m’a proposé de présenter, lors d’une prochaine communication dans le cadre des Jeudis de l’Hermine, le 1er décembre prochain pour clore cette année 2016.

– S’il n’y avait qu’une seule chose à retenir de ces évènements mémorables de 1916, quelle serait-elle pour vous ?

C’est très difficile car, encore une fois, ces événements forment un tout : 1916, c’est une conjonction de destins, une foule de détails vivants, de visages et de noms, une somme d’actes héroïques.

Mais je dirais sans doute la Proclamation de la République. Écrite et validée par les dirigeants de l’Irish Republican Brotherhood, signée par sept patriotes mandataires qui allaient faire le sacrifice de leur vie pour la faire exister, imprimée clandestinement et avec des moyens de fortune dans le quartier général syndical Liberty Hall qui allait être complètement détruit quelques jours plus tard, lue par P H Pearse au fronton de la Poste centrale devenue quartier général de l’insurrection, elle condense toutes les aspirations de la Révolution et servira de matrice à toutes les tentatives ultérieures se situant dans le prolongement de la Semaine de Pâques.

Il est cependant d’autres symboles importants, comme le quartier autour de Moore Street, où les insurgés se sont réfugiés lorsqu’ils ont dû abandonner la poste quand le toit et les murs s’écroulaient sous les tirs de l’artillerie britannique ; ce quartier, où les ordres de cessez-le-feu ont finalement été rédigés et où les leaders ont vécu leurs derniers instants de liberté, risque aujourd’hui d’être en partie démoli pour laisser place à un nouveau centre commercial…

– L’Irlande a influencé durablement la Bretagne ces cent dernières années. D’après vous, dans quel domaine cette influence fut la plus importante ?

C’est vrai que cette influence est réelle. On a d’abord surtout insisté sur l’aspect de lutte intransigeante, irréductible et donc implacable.  Bien entendu, il y a des similitudes entre l’Irlande et la Bretagne, ne serait-ce que dans l’éradication progressive de la culture celtique, mise en œuvre depuis des centres de décision lointains et condescendants. Il y a encore le nombre de soldats que l’on a envoyés aux combats en 14-18, certaines terres étant considérées comme des réservoirs de chair à canon. Et puis, mutatis mutandis, il y a les délicates questions territoriales toujours non résolues en ce qui concerne les Six Comtés du nord de l’Irlande et la disjonction de la Loire-Atlantique du territoire historique de la Bretagne.

Mais l’expérience, au bout de cent ans, prouve que la situation irlandaise et la situation bretonne ne sont pas exactement réductibles l’une à l’autre, ne serait-ce que parce que le rapport de forces n’est pas le même dans un contexte global, par exemple lorsque l’on envisage le rôle constant joué par la diaspora irlandaise dans le soutien apporté par les USA aux différentes péripéties de la lutte de l’Irlande.

Au reste, il ne faut pas sous-estimer non plus les liens historiques objectifs qu’entretient la tradition républicaine irlandaise avec la Révolution française…

Mais, premier pays celtique à affirmer des droits qui lui avaient longtemps été déniés et une identité propre qui bien entendu n’exclut pas de bonnes relations avec toutes les autres cultures du monde, l’Irlande pourrait jouer un rôle plus important par rapport aux différents questionnements que porte la Bretagne aujourd’hui. La proximité géographique y invite, bien entendu, mais également les expériences internationales qui ont vu Seán MacBride, lui-même fils de l’un des patriotes exécutés en 1916, puis dirigeant de l’IRA, ami de Tagore, d’Ho Chi Minh, de Nehru, créer Amnesty International en 1962, ou les anciennes Présidentes irlandaises Mary Robinson ou Mary McAleese s’engager pour les Droits de l’Homme à des degrés et des titres divers, ou encore les forces armées irlandaises de ce pays neutre participer depuis 1958 aux opérations de maintien de la paix sous l’égide de l’ONU. Notre espace commun est bien plus étendu que l’Ouest européen, notre héritage est potentiellement bien plus riche : il faut savoir dépasser certains horizons pour mieux se conformer à soi-même.

Finalement, l’expérience de l’Irlande, à l’occasion de ce Centenaire, pourrait bien être de montrer la complexité de la question de la place de l’Irlande dans le monde et la multiplicité de ressources auxquelles il a fallu recourir pour formuler des débuts de réponses pertinentes non seulement pour les Irlandais mais pour tous ceux qui sont attachés à ce pays, sa culture, sa personnalité. La leçon ne saurait d’ailleurs se limiter à 1916, à la Guerre d’indépendance ou à la Guerre civile, mais doit, par exemple, s’inspirer de ce qui a permis aux accords du Vendredi-Saint d’être signés en 1998. Dans cette perspective, les échecs doivent bien entendu être également envisagés en toute sincérité et utilement médités. Mais ils rendent encore plus convaincante la ténacité manifestée par l’Irlande depuis un siècle et même plus.

Enseignant, promoteur des relations interceltiques, Alain Monnier est un grand familier de l’Irlande et passionné par la culture et l’histoire. L’ouvrage est disponible au prix de 6 € auprès de l‘Institut Culturel de Bretagne, Ti ar Vro, 3 rue de la Loi, 56000 Vannes.

Propos recueillis par Jacques-Yves Le Touze.