L’Irlande n’oubliera jamais les rebelles de 1916 .

BertrandBerrou1916

Bertrand Berrou, écrivain, auteur notamment d’Une saison en Irlande (Terre de Brume, 1 996) et Je vous écris d’Irlande (Dialogues, 2 012)

Ouest-France, le 25 avril 2016

Point de vue de Bertrand Berrou.

L’histoire de l’Irlande est un long cri de douleur et de résistance.

Parmi les périodes les plus noires, on retiendra au XVIe siècle la colonisation massive de l’Ulster par des protestants écossais ; un peu plus tard, les massacres et déportations de Cromwell ; au XVIIIe siècle, les sinistres Lois pénales qui privèrent les catholiques irlandais de toute dignité humaine ; le siècle suivant, la terrible famine de 1845-1849 qui fit un million de morts et un million d’émigrés.

Dans son recueil Fictions, Jorge Luis Borges qualifia l’Irlande de pays opprimé et tenace. Mais aucun peuple n’a vocation à demeurer asservi. Tout s’est joué il y a cent ans, le 24 avril 1916, à Dublin.

L’Insurrection de Pâques ouvrait les portes de la liberté à un pays occupé depuis sept siècles par les Anglais. Un comité restreint de sept chefs rebelles allait faire basculer l’Histoire, parmi lesquels James Connolly, le syndicaliste révolutionnaire, et Patrick Pearse, le poète gaélique, dont les harangues enflammées galvanisaient les patriotes. Son oraison funèbre du 1er août 1915 sur la tombe du chef fenian O’Donovan Rossa est restée prégnante dans les mémoires.

Sept héros d’une nouvelle République

Du fond de cent années, ils nous regardent ces sept signataires de la nouvelle république d’Irlande : Patrick Pearse, James Connolly, Thomas Clarke, Sean Mac Diarmada, Thomas Mac Donagh, Eamon Ceannt, Joseph Plunkett. Repliés dans la Grande-Poste, ils proclamèrent le gouvernement provisoire sous la présidence de Pearse. Ils nourrissaient un espoir insensé dans une mission suicide.

L’affaire semblait mal engagée puisque, quelques jours avant ce 24 avril, une livraison de 20000 fusils Mauser par les Allemands embarqués sur un chalutier battant pavillon norvégien finit au fond de l’eau dans la baie de Cobh. Cette opération avait été préparée par Sir Roger Casement, ce fils d’un protestant de l’Ulster, ancien consul dans le service diplomatique anglais, devenu une figure exemplaire de la lutte contre les régimes coloniaux.

Au nombre de 1 200, les insurgés occupèrent plusieurs édifices de Dublin. D’un courage insensé, ils déposèrent les armes au bout d’une semaine devant une armée britannique de 16 000 hommes. Les protagonistes de l’insurrection furent dirigés vers la prison de Kilmainham où la cour martiale les condamna à la peine de mort. Parmi les seize héros, on retient la figure tragique de James Connolly, blessé à une jambe lors de l’assaut, rongé par la gangrène, que l’on dut fusiller assis sur une chaise, et puis celle du délicat Joseph Plunkett qui se maria dans sa cellule la veille de l’exécution. Roger Casement fut pendu le 3 août 1916 après un procès retentissant.

Ces actes d’héroïsme soulevèrent une vive émotion aux États-Unis où des centaines de milliers d’Irlandais émigrés pendant la Grande Famine avaient gardé un attachement profond à la pauvre Erin, martyrisée, spoliée, la patrie de Cúchulainn, de la tourbe et du porc au foyer.

Le soulèvement du 24 avril 1916 marqua un tournant dans l’histoire du nationalisme irlandais. En 1919, un fils de petit fermier du comté de Cork, Michael Collins, créera l’Ira et prendra une part déterminante dans la guerre d’indépendance qui fera plier le plus grand empire du monde par la signature du Traité de Londres en 1921.

(1) Bernard Berrou, écrivain, auteur notamment d’Une saison en Irlande (Terre de Brume, 1 996) et Je vous écris d’Irlande (Dialogues, 2 012).

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