Irlande. 100 ans après l’insurrection.

Dublin2016

Le Télégramme, 28 mars 2016

par Erwan Chartier

Des centaines de milliers d’Irlandais ont défilé, ce dimanche, dans les rues de Dublin, pour marquer le centenaire de la sanglante « insurrection de Pâques » en 1916, une rébellion armée contre la domination britannique qui a mené, quelques années plus tard, à l’indépendance du pays. Un événement enjeu de mémoire, aussi, sur cette île où la violence politique et religieuse est loin de n’être qu’un souvenir.

À l’annonce du soulèvement de Pâques 1916, le grand écrivain irlandais, William Yeats, déclara : « Une terrible beauté vient de naître ». Un siècle plus tard, les passions sont loin d’être éteintes.

Le 24 avril 1916, 750 militants républicains – dont 90 femmes – prennent position dans la capitale irlandaise sous le regard étonné, parfois hostile, voire sarcastique, des Dublinois. Ils espèrent provoquer une insurrection générale dans le reste de l’île et encercler le château de Dublin, siège du pouvoir britannique. On compte parmi eux des intellectuels comme Patrick Pearse, des syndicalistes comme le socialiste James Connolly et des militants indépendantistes. Dans la grande Poste, devenue leur quartier général, ils proclament l’indépendance.

Des centaines de civils tués


Alors que les autorités britanniques auraient pu traiter l’affaire de façon chirurgicale – d’autant que les républicains, fortement installés dans les zones rurales, refusent de participer à la « folle équipée » de Dublin -, le général Maxwell réagit de manière particulièrement brutale et ordonne l’assaut contre les barricades. Une canonnière remonte la Liffey pour bombarder la ville, tuant des centaines de civils et détruisant une partie de la ville. Les insurgés se rendent, mais la répression est terrible avec de nombreuses exécutions sommaires. Les leaders sont fusillés, à l’exception du futur président de la République, Eamon de Valera, qui possédait un passeport américain. Des milliers d’Irlandais sont envoyés dans des prisons qui deviennent autant d’« universités révolutionnaires ».

Échec militaire, succès politique

L’insurrection de 1916 est un désastre militaire, mais le sacrifice de cette avant-garde d’idéalistes irlandais sert de départ à un long et sanglant processus d’indépendance.

En décembre 1918, Sinn Féin – « Nous seuls », en gaélique – remporte 75 sièges de députés sur 105 en Irlande. L’Armée républicaine irlandaise (Ira) ne cesse de recruter, tandis que les unionistes protestants d’Irlande du Nord créent leurs milices. Les républicains irlandais forment leur propre parlement et mettent en place une administration parallèle. L’Ira harcèle les Britanniques qui envoient des paramilitaires se livrant à des atrocités. « On les a surnommés les Black and Tans, explique Pol O’Beaglaoich, de Dingle. Dans le Kerry, où j’habite, la mémoire de leurs méfaits et des exécutions est restée très vive. » En 2015, Londres a renoncé à ouvrir les archives de cette période, avec notamment les noms des informateurs de police, pour ne pas attiser les tensions.

Deux ans de guerre civile

En juillet 1921, Londres négocie avec les insurgés irlandais. Sous la menace d’une guerre totale, un traité est signé qui prévoit la création d’un État libre d’Irlande, amputé de six comtés du Nord, à majorité protestante. Les nationalistes modérés acceptent, les républicains radicaux refusent. Deux ans de guerre civile s’ensuivent.

Puis, dans les années 1930, Eamon de Valera, devenu Premier ministre, coupe les derniers liens avec la Grande-Bretagne. La République d’Irlande est proclamée en 1948.

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